Pourquoi Emmanuel Macron pourrait reporter la réforme du prélèvement à la source

IMPOTS Emmanuel Macron n’est plus sûr d’appuyer sur le bouton…

Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse en Finlande, le 30 août 2018.
Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse en Finlande, le 30 août 2018. — Antti Aimo-Koivisto/AP/SIPA
  • Le prélèvement à la source doit être mis en place en janvier 2019.
  • Mais plusieurs déclarations d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe ont semé le doute.
  • Le « choc » provoqué par la baisse du salaire net à payer pourrait freiner la consommation.

Cette fois-ci, ce devrait être la bonne. Enfin, peut-être pas. Officiellement, la réforme du prélèvement à la source sera bien mise en place en janvier 2019. Le gouvernement n’a pas ménagé ses efforts pour communiquer dessus : lettre de Gérald Darmanin aux contribuables, spots télés vantant « un impôt qui s’adapte à votre vie », ou encore vidéos-tuto sur YouTube.

Derrière cette façade, l’exécutif semble avoir des doutes. L’interview d’Edouard Philippe au JDD a ouvert une première brèche. « Nous ferons le point sur la préparation de cette réforme dans les prochaines semaines » a expliqué le Premier ministre dimanche dernier. Puis ce mercredi, Le Canard Enchaîné rapporte des propos qu’aurait tenus Emmanuel Macron à quelques proches : « On se donne jusqu’au 15 septembre pour voir si on le fait [le prélèvement à la source] ou pas ». Enfin, le chef de l’État a même déclaré jeudi – publiquement - qu’il voulait « des réponses précises » avant de se décider.

De quoi préparer le terrain à un nouveau report, après celui de l’année dernière ? « Il n’y a pas de discussion sur un report », assure l’entourage d’Edouard Philippe à 20 Minutes….en ajoutant aussitôt que « l’objectif de la mise en place reste janvier 2019 ». Une formulation qui laisse bien entendre que tout n’est pas encore décidé.

Un problème politique ?

D’où vient le problème ? A priori, pas du côté de l’administration. « Tout le monde est mobilisé à fond (…) La machine est lancée (…) Elle ne doit plus s’arrêter. La réforme est mûre et robuste, on a fait toute une série de tests » a affirmé lundi Bruno Parent, directeur général des finances publiques, lors d’un entretien à franceinfo. « La réussite du prélèvement à la source, c’est la priorité numéro un de Bercy depuis deux ans » confirme à 20 Minutes Anne Guyot-Welke, porte-parole du syndicat Solidaires finances publiques.

Pour la syndicaliste, il faut plutôt regarder du côté politique. « Des annonces ont été faites sur l’amélioration du pouvoir d’achat des Français. Or, en janvier 2019, les salariés verront leur net à payer diminuer sur leur feuille de paye. Cela pourra être ressenti comme une forme de « manque à gagner » [même si la réforme ne touche pas au mode de calcul de l’impôt] et donc il peut y avoir un choc psychologique ».

Or, la consommation des ménages, principal composant du PIB, repose en grande partie sur la confiance (l’Insee l’évalue tous les 3 mois). Ce « choc » sur le bulletin de salaire pourrait conduire à moins de consommation dans un premier temps. Il y a donc le risque d’avoir une croissance plus faible, donc moins de rentrées fiscales, donc encore plus d’efforts budgétaires à faire pour réduire le déficit. Ce n’est donc pas un hasard si Gérald Darmanin se démène depuis plusieurs semaines dans les médias pour tenter de rassurer les contribuables sur le prélèvement à la source.

Les entreprises inquiètes

Pour l’opposition, c’est un nouvel angle d’attaque tout trouvé pour critiquer le gouvernement. « C’est une vraie usine à gaz, a dénoncé mercredi Laurent Wauquiez, le patron des Républicains. Le prélèvement à la source ne sera pas bon pour les ménages, parce que ça veut dire que ce sont les Français qui vont faire l’avance de trésorerie pour l’État ».

La droite peut aussi compter sur le soutien des entreprises, qui redoutent la réforme depuis le début. Du Medef aux patrons de PME, tous s’inquiètent d’une éventuelle charge de travail supplémentaire, puisqu’ils devront collecter l’impôt et le reverser à l’État. Si les TPE (moins de 20 salariés) pourront déléguer cette tâche aux Urssaf, le coût de la réforme pour une PME pourrait s’élever à près de 3.000 euros en 2019, selon une étude publiée l’année dernière.

« Les arguments qu’on entend aujourd’hui contre le prélèvement à la source nous font sourire, explique Anne Guyot-Welke, parce que ce sont les mêmes que nous évoquions déjà quand François Hollande était au pouvoir ! En interne, nous sommes prêts, et il ne faudrait pas qu’un éventuel report nous retombe dessus ». Une manière de mettre le gouvernement face à sa responsabilité.

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