Côte d'Azur: Deux ans après son instauration, le shopping dominical ne cale pas

COMMERCES Les Alpes-Maritimes disposent de quatre des 21 zones touristiques internationales de France. Les retours d’expérience sont différents à Saint-Laurent-du-Var et Cagnes-sur-Mer mais les enseignes resteront ouvertes…

Mathilde Frénois

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Le samedi 7 octobre 2017, dans la partie nord du centre commercial Polygone Riviera, à Cagnes-sur-Mer
Le samedi 7 octobre 2017, dans la partie nord du centre commercial Polygone Riviera, à Cagnes-sur-Mer — F. Binacchi / ANP / 20 MInutes
  • Le bilan s’avère positif pour les centres commerciaux, plus mitigé pour les commerces de proximité des centres-villes.
  • Les villes de Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var ont des expériences contrastées vis-à-vis de l’ouverture dominicale.

Une soudaine envie d’acheter une robe un dimanche à 9h ? Un meuble après le repas familial ? Depuis deux ans, le shopping dominical est possible sur la Côte d’Azur. Nice, Cannes, Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var disposent de zones touristiques internationales. Avec la  loi Macron d’août 2015, les commerçants peuvent ouvrir le dimanche, comme dans 17 autres zones de France. Alors que  des députés LRM souhaitent étendre l'ouverture dominicale des commerces, 20 Minutes fait le point sur ces dimanches travaillés pour les commerçants, shoppés pour les clients.

A Cagnes-sur-Mer, l’économie est coupée en deux : d’un côté les petits commerçants du centre-ville et du bord de mer, de l’autre les grandes enseignes du centre commercial Polygone Riviera. Tous ont l’autorisation de lever le rideau le dimanche. « Cette ouverture dominicale était indispensable et a conditionné la réussite du projet de Polygone Riviera, notamment pendant les périodes de vacances, l’été, les fêtes », pointe Domnique Schmitt qui était adjoint au développement économique de la ville de Cagnes-sur-Mer pendant les deux premières années d’ouverture le dimanche, avant de démissionner.

« C’est compliqué d’ouvrir le dimanche quand on a une vie de famille »

Mais au début, toutes les boutiques n’ont pas pu ouvrir en même temps. « C’était compliqué car les magasins comme Le Printemps devaient consulter leur comité d’entreprise. Cela a tardé et il était compliqué pour les autres boutiques de ne pas avoir cette locomotive. » Puis les commerçants du centre-ville ont pris le train en marche. « Presque tous les commerces de proximité sont ouverts : fleuristes, tabacs, brasseries », passe en revue Alex Khalil, président des commerçants de la gare de Cagnes-sur-Mer. ​A l’inverse, les autres magasins, textiles ou vente de gros, sont fermés : « Le problème, c’est que la plupart des commerces de proximité est gérée par des exploitants individuels, explique-t-il. Il leur faut un jour de repos. C’est compliqué d’ouvrir le dimanche quand on a une vie de famille. Dans la vie, il n’y a pas que le travail : il faut aussi se reposer, profiter, s’occuper des enfants. »

La plupart des commerçants du centre-ville de Cagnes-sur-Mer n’ont plus peur de l’ouverture dominicale du centre commercial voisin : « On se dit que plus il y a de commerces, plus cela draine du monde. Notre stratégie, c’est de se distinguer et de proposer des choses différentes : du service, des attentions, de la personnalisation… On est obligés de se distinguer. » « Je ne dis pas que certains n’ont pas ressenti des conséquences négatives à l’ouverture du dimanche, mais la typologie propre à la concurrence n’est pas là, poursuit Jean-Michel Cloppet, président fédération commerce et artisanat de Cagnes-sur-Mer. Parce qu’à Cagnes, le centre-ville a un positionnement particulier qui est celui l’alimentaire haut de gamme. »

« Redynamiser les centres-villes »

Complémentaires à Cagnes-sur-Mer, concurrents à Saint-Laurent-du-Var. Cette commune limitrophe à Nice allie aussi centre commercial et commerces de proximité. Président de l’association des commerçants de Cap 3000, Alain Scatena a évalué à 12 % le chiffre d’affaires réalisé le dimanche par les boutiques de la galerie. « Tous les centres commerciaux dans tous les pays au monde sont ouverts le dimanche : on serait bête de passer à côté, affirme-t-il. Mais je comprends les commerçants du centre-ville qui souffrent. Avec les problèmes de personnels et de gestion, certains ne peuvent pas ouvrir. Et leurs clients qui vont à Cap 3000 le dimanche n’iront pas en centre-ville la semaine. » Pour accompagner les commerçants du centre-ville, Cap 3000 finance depuis trois ans des campagnes promotionelles qui annoncent les événements des petits commerçants du centre de Saint-Laurent-du-Var. Objectif : redynamiser l'ensemble du tissu économique et soutenir l'économie locale. 

Des efforts qui ne suffisent pas à rassurer complètement le quartier de la gare. « L’ouverture le dimanche favorise les grandes enseignes qui écrasent les petits commerçants, estime Catherine Giobergia, présidente des commerçants de la gare. Il est clair qu’il y a une désertification du commerce dans les villes. A Vence par exemple, partout des baux sont à céder. A Saint-Laurent, on se bat. » Ce combat qui passe par l’organisation d’une braderie le 7 octobre « pour redynamiser le centre-ville et le quartier de la gare ». Une braderie organisée… un dimanche.

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