Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et le Premier ministre, Edouard Philippe.
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, et le Premier ministre, Edouard Philippe. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

FINANCES

Pensions de retraite, assurance chômage, heures sup… Qui seront les gagnants et les perdants du budget 2019?

Alors que le projet de loi des Finances pour 2019 doit être présenté fin septembre, Edouard Philippe en a dévoilé dimanche les grandes lignes. Il y a des gagnants et des perdants…

C’est la rentrée et l’heure de rouvrir les dossiers qui fâchent. Au gouvernement, le premier d’entre eux se nomme « projet de loi de finances 2019 ». De retour aux affaires, Emmanuel Macron et son Premier ministre Edouard Philippe règlent en ce moment les derniers arbitrages du projet de loi des finances 2019 qui doit être présenté à la fin du mois de septembre avant d’être discuté dans la foulée à l’Assemblée.

Le contexte est moins rose que prévu. Les prévisions de croissance ne seront pas de 2 % cette année ni de 1,9 % pour 2019, comme tablait le gouvernement au printemps dernier. L’Insee table plus aujourd’hui sur une croissance de 1,7 % en 2018 comme en 2019, une prévision derrière laquelle le Premier ministre Edouard Philippe s’est rangé, dimanche, dans une interview au Journal du Dimanche.

Pas anodin. Ce ralentissement de croissance fera mécaniquement entrer moins d’argent dans les caisses de l’État. Si l’option de « laisser filer » le déficit est exclue par l’exécutif, il ne reste alors guère plus d’autres choix que de gratter les économies à droite et à gauche en fonction des priorités. Outre l’annonce des 45.000 suppressions de postes de fonctionnaires ou de nouvelles coupes dans les contrats aidés, 20 Minutes vous récapitule trois gros chantiers à l’étude qui auront un impact direct sur le pouvoir d’achat de millions de Français.

Retraite et prestations familiales : une désindexation synonyme de perte de pouvoir d’achat

Les prestations qui bénéficient à nos concitoyens les plus fragiles seront augmentées conformément à la loi, commence le Premier ministre. Ce sera le cas du RSA (Revenu de solidarité active) et encore plus de la prime d’activité, le minimum vieillesse, l’allocation pour les adultes handicapés.

En revanche, les pensions de retraite n’évolueront plus en fonction du niveau d’inflation comme c’était le cas jusque-là, avec une révision tous les ans en avril. Elles ne seront valorisées que de 0,3 % en 2019 et en 2020, ce qui est nettement insuffisant pour compenser l’inflation. « Les prévisions de l’Insee tablent sur une inflation de 1,7 % cette année comme en 2019 », indique à 20 Minutes Mathieu Plane, économiste au département analyse et prévision de l' OFCE.

Les retraités perdront mécaniquement en pouvoir d’achat. « La perte de revenu réel est par exemple de 14 euros de moins par mois pour un retraité touchant 1.000 euros de retraite sécu », évalue Mathieu Plane. Il faut avoir en tête que cette perte s'ajoute à l'augmentation de 1,7 point de la CSG (Contribution sociale généralisée) en 2018. « Cette hausse avait été compensée pour les actifs, mais elle s’est appliquée, brutalement, aux retraités. Les retraités sont clairement dans le viseur du gouvernement. Ils paient un peu pour les ajustements des comptes publics. »

La désindexation ne se limitera pas cependant aux pensions retraites. L’ensemble des prestations familiales (allocation familiale, allocation de rentrée scolaire, prime de naissance, complément de libre choix du mode de garde) ne seront aussi valorisées que de 0,3 % en 2019 et 2020. De même que les pensions d’invalidité, les rentes accident du travail-maladie professionnelle ou encore les aides au logement.

Suppression des cotisations sur les heures supplémentaires

En contrepartie, le gouvernement entend donner la priorité à « la rémunération de l’activité ». Les salariés du public et du privé ne paieront donc plus de cotisations sur leurs heures supplémentaires dès septembre 2019. C’est une autre mesure phare dévoilée par Edouard Philippe. Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, elle s’inspire de la défiscalisation des heures supplémentaires mises en place en 2007 au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy avant d’être supprimée en 2012 par le gouvernement Ayrault.

Le gouvernement Sarkozy allait toutefois plus loin à l’époque. A l’exonération des charges, il ajoutait en effet la suppression de l’imposition sur les revenus issus de ces heures supplémentaires. Autrement dit, les salariés profitaient non seulement d’heures supplémentaires allégées des cotisations sociales mais en plus, le fruit de ce travail n’était pas imposable, synthétise Le Figaro.

L’actuel gouvernement s’arrêterait à mi-chemin en n’actant que la désocialisation des heures supplémentaires. La mesure coûterait à l’État deux milliards d’euros par an, contre 4,5 milliards pour la défiscalisation version Sarkozy. Rester à savoir quel serait l’impact pour les salariés ? Gerald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, évoque une augmentation de 11 % du pouvoir d’achat quand on fait une heure supplémentaire au micro de RMC ce lundi matin. De son côté, Edouard Philippe, toujours au JDD, estime à 200 euros le gain moyen sur la fiche de paye pour une personne payée au Smic et réalisant des heures supplémentaires.

Assurance-chômage dégressive pour les cadres ?

C’est une autre porte ouverte par le gouvernement : introduire le principe d’une assurance-chômage dégressive pour certaines catégories de chômeurs. A ce sujet, Edouard Philippe dit « avoir ni tabou ni présupposé » sur l’idée récemment remise sur la table par le député LREM du Val-d’Oise, Aurélien Taché.

Le principe n’existe pas dans le système actuel. Un chômeur qui a suffisamment cotisé pour prétendre à des droits se voit calculer un montant lors de son inscription à Pôle emploi puis touche cette somme pendant deux ans. Voire près de trois ans pour les chômeurs de plus de 52 ans.

La dégressivité prévoit au contraire une baisse progressive du niveau des allocutions. Aurélien Taché propose de limiter cette dégressivité aux cadres supérieurs qui touchent plus de 5.000 euros d’allocations lorsqu’ils sont au chômage. Dans une interview au Parisien, le 22 août, le député suggère une « dégressivité à partir de six mois ou forfaitiser le revenu », avant de rappeler que « la France est le pays où le plafond de l’indemnisation est le plus élevé, à plus de 6.200 euros ».

« A plus de 6.200 euros, le plafond d’indemnisation est le plus élevé d’Europe. Sauf qu’il est reversé à quelques cadres qui ont énormément cotisé [776 bénéficiaires, soit 0,02 % des bénéficiaires de l’assurance-chômage en 2016 pour 65.500 cotisants]. On peut le baisser, mais les finances de l’Unédic y perdraient car il faudrait baisser les cotisations de tous les cadres », soulignait mi-août dans Les Echos l'économiste Eric Heyer.

Edouard Philippe n’est pas rentré dans les détails à ce jour. « Je suis déterminé à avoir avec les partenaires sociaux une discussion sur la meilleure façon d’établir un système financièrement équilibré qui garantisse la justice sociale et favorise le retour à l’emploi », a-t-il juste précisé dimanche dans le JDD. La proposition devait être au cœur des discussions qui se dérouleront à partir de mercredi et jusqu’au 4 septembre entre le Premier ministre et les syndicats de salariés et d’employeurs. C’est dernier ont jusqu’à février 2019 pour trouver un accord.

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