Conflit social, croissance, low cost... Les défis de Ben Smith, le nouveau boss d'Air France

SOCIAL Le Canadien nommé à la tête du groupe AirFrance-KLM aura des défis épineux à relever dès sa prise de fonctions en septembre prochain...

A.B.

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Avec une rémunération qui pourrait dépasser les 4 millions d'euros par an, le nouveau patron du groupe Air France devra renouer le dialogue social avec les salariés et rendre la compagnie plus concurrentielle.
Avec une rémunération qui pourrait dépasser les 4 millions d'euros par an, le nouveau patron du groupe Air France devra renouer le dialogue social avec les salariés et rendre la compagnie plus concurrentielle. — Ryan Remiorz/AP/SIPA
  • Numéro 2 d’Air Canada, Benjamin Smith vient d’être nommé directeur général du groupe AirFrance-KLM.
  • Une nouvelle accueillie avec enthousiasme par le gouvernement, qui appuyait sa nomination, mais avec beaucoup plus de fraîcheur de la part des syndicats de la compagnie aérienne.
  • Le nouveau patron du groupe devra reprendre les négociations salariales inabouties et qui avaient débouché sur 15 jours de Grève. Il devra éviter d’autres mouvements sociaux coûteux et replacer Air France au sein de la concurrence.

La rentrée approche, et la sienne promet d’être riche en lourds défis à relever. Benjamin Smith, numéro 2 d’Air Canada, a été nommé jeudi directeur général d’Air France-KLM, un choix qualifié par le gouvernement de « chance » pour le groupe aérien en pleine crise, mais accueilli avec méfiance par des syndicats.

Cette nomination intervient après plus de trois mois de recherches ardues de l’homme providentiel qui pourrait donner un nouvel élan au groupe, après le départ fracassant le 4 mai de son PDG Jean-Marc Janaillac, désavoué par le personnel consulté au sujet d’un accord salarial. Et c’est là l’un des gros dossiers qui attendent le nouveau boss de la compagnie aérienne, qui devra renouer le dialogue social avec les salariés tout en évitant les menaces de grève. Côté gros sous, il devra également plancher sur une stratégie de dynamisation d’Air France, qui subit une lourde concurrence des compagnies asiatiques et du golf, ainsi que des transporteurs low cost.

Renouer le dialogue social

Jean-Marc Janaillac a adressé via Twitter dans la nuit de jeudi à vendredi « tous (ses) vœux de succès » à son successeur, « grand professionnel du transport aérien ».

« C’est une chance pour Air France-KLM d’attirer un dirigeant de cette dimension qui dispose d’une importante expérience acquise au cours des 19 dernières années passées chez Air Canada, d’un sens du dialogue et d’une grande capacité de transformation », ont estimé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire et la ministre des Transports Elisabeth Borne.

De la chance, il en faudra au Canadien de 46 ans, qui prendra la direction générale exécutive du groupe « au plus tard le 30 septembre 2018 ». Benjamin Smith arrive avec la réputation d’un homme de dialogue. Il a créé en outre la filiale low-cost du groupe canadien, Air Canada Rouge. A l’annonce de sa nomination, il a dit souhaiter « gagner la confiance et le respect des équipes d’AirFrance-KLM pour que nous travaillions et réussissions ensemble dans cette industrie fortement compétitive et en évolution très rapide ». Or, l’intersyndicale d’Air France (CGT, FO, SUD, SNPNC, Unsa-PNC, CFTC, SNGAF, SNPL, Alter), qui a mené la grève, a fait part de sa plus ferme opposition à la nomination d’un « dirigeant étranger » soupçonnant que sa candidature soit « poussée par un groupe industriel concurrent », en référence à Delta Air Lines. La compagnie américaine est entrée au capital du groupe tout comme China Eastern à l’automne dernier. Elles détiennent chacune 8,8 % du capital, au côté de l’Etat français (14,3 %) et des employés (3,90 %) notamment.

Gérer les menaces de grèves

Depuis plusieurs mois, la compagnie Air France traverse une grave crise sociale liée à des revendications salariales et marquée par 15 jours de grève entre février et juin, qui ont coûté 335 millions d’euros au groupe. Mais déjà une première polémique est née au sujet de la rémunération accordée à Benjamin Smith qui, a-t-on appris ce vendredi d’une source proche du dossier, pourra atteindre un montant maximum de 4,25 millions d’euros par an, soit plus du triple de celle de son prédécesseur, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

Après l’annonce de la nomination de Smith, Karim Taïbi, du syndicat FO, a dit attendre du nouveau patron d’AirFrance-KLM qu’il « résolve immédiatement le conflit sur les salaires ». « L’intersyndicale est prête à négocier très très rapidement avec Benjamin Smith », a-t-il assuré.

Dimanche, Philippe Evain, président du SNPL, premier syndicat de pilotes d’Air France, a demandé dans une interview au Parisien la reprise par le futur patron de la négociation avortée avec l’intersyndicale, menaçant de « 15 jours de grève ». Avant de préciser sur Twitter être « sûr que nous arriverons à discuter avec le remplaçant de Jean-Marc Janaillac ».

Développer l’activité d’AirFrance-KLM face à la concurrence

Autre dossier épineux que devra gérer Benjamin Smith : développer la croissance du groupe AirFrance-KLM, soumis à une très vive concurrence de la part des compagnies du Golfe et des nouvelles compagnies low-cost long-courrier. Du côté des syndicats, on craint que le nouveau boss de la compagnie ne décide de mettre le paquet sur le low cost.

« On pense qu’il est là pour faire grossir les low cost au sein du groupe Air France, a déclaré ce vendredi matin sur franceinfo Vincent Salles, co-secrétaire général du syndicat CGT Air France. Que le low cost prenne de l’ampleur et fasse de la croissance au sein du groupe. Ils vont mener une stratégie dans la droite ligne de ce qui s’est fait depuis des années : une politique d’austérité », estimant au contraire qu’il « faut une politique d’investissement et de croissance d’Air France et non pas des low cost ». Pour le co-secrétaire général du syndicat CGT Air France, « si les directions pensent que les salariés sont prêts à être mal payés, à travailler à outrance à vie, sans rien dire, elles se trompent : le low cost n’a pas d’avenir, on le voit chez Ryanair où les salariés s’organisent parce qu’ils en ont marre d’être mal payés ». D’ailleurs, Vincent Salles a annoncé la couleur : « Il y a de forts risques de grève si monsieur Benjamin Smith n’est pas capable de mener un dialogue avec les syndicats ».

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