Grève à Ryanair: Un ex-steward de la compagnie raconte ses conditions de travail

SOCIAL Alors qu'une grève sévit, un ancien employé raconte les conditions de travail déplorables dans cette compagnie aérienne...

Charlotte Murat

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De avions de Ryanair à l'aéroport de Charleroi, en Belgique.
De avions de Ryanair à l'aéroport de Charleroi, en Belgique. — Sierakowski/Isopix/SIPA
  • Une grève a forcé Ryanair a annuler 600 vols.
  • Les employés de la compagnie dénoncent leurs conditions de travail et réclament d'appliquer la législation des pays dans lesquels ils sont basés.
  • Grégoire a travaillé pendant sept mois pour Ryanair. Il raconte ses conditions de travail déplorables.
  • Une rémunératrion très faible, une cadence infernale et les pressions de la direction l'ont poussé à démissionner.

Edit du 10/08/2018: Les pilotes de Ryanair sont en grève dans cinq pays d'Europe pour obtenir de meilleures conditions de travail. Nous vous proposons de relire le témoignage d'un stewart passé par la même compagnie, qui nous expliqauit en juillet le fonctionnement de la compagnie à bas coût.

«Ryanair doit changer », indiquent les tracts distribués par les employés de la compagnie aérienne à bas coût. Ils sont en grève en Belgique, Espagne, Portugal et Italie pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer d’appliquer la législation des pays dans lesquels ils sont basés au lieu du seul droit irlandais.

Quelles sont ces conditions de travail que tant d’hôtesses et de stewards dénoncent que 600 vols ont dû être annulés ? Nous en avons discuté avec Grégoire*, 27 ans, un Français qui a travaillé pendant sept mois en 2017 pour la flotte irlandaise. « Il y a beaucoup de choses à dire », prévient-il.

Pas de salaire de base

Commençons donc par le début. Sans expérience dans le domaine, Grégoire est embauché au terme d’un entretien en Espagne. « Il n’y a pas de sessions de recrutement en France », précise-t-il. Direction ensuite l’ Allemagne pour une formation de six semaines. « Ça m’a coûté 500 euros pour les frais d’inscription, 2.400 euros pour la formation, 700 euros pour le logement en chambre double et la nourriture n’était pas fournie », détaille-t-il.

Son CCA [Cabin Crew Attestation, le diplôme obligatoire pour devenir hôtesse ou steward en Europe] en poche, il commence à travailler en Allemagne. Il y est resté basé quatre mois, puis trois mois en Espagne. « J’avais un contrat de travail irlandais et la compagnie m’a ouvert un compte bancaire là-bas pour que je puisse y payer mes impôts. »

Pas la peine de lui demander son salaire, le personnel de bord n’est rémunéré qu’en fonction du nombre d’heures de vol. « Mais seules les heures passées en l’air sont comptabilisées. Pas les briefings à terre, ni les escales. » Grégoire assure avoir volé en moyenne 85 heures par mois, « ce qui est énorme dans l’aviation », et n’avoir jamais gagné plus de 1.300 euros. Il faisait le plus souvent deux vols par jour, « mais certains en font jusqu’à six par jour, croit-il savoir. C’est épuisant. »

Pas d'eau et quotas de ventes

« La compagnie ne fournit ni boissons ni nourriture à son personnel, poursuit Grégoire. Même pas de l’eau. Je devais apporter mes propres bouteilles. Sinon on paye, comme les passagers. Pareil pour le nettoyage des avions que nous devons effectuer pendant les escales de 25 minutes. Ryanair ne nous fournit ni gants, ni gel désinfectant. »

Et pendant les vols, le personnel navigant doit vendre. A tout prix. « Il y a des quotas. Si on ne les remplit pas, on a un avertissement. On peut même être convoqué au siège, à Dublin, pour aller s’expliquer. » Cette pression des chiffres rejaillit sur l’ambiance dans la cabine, selon Grégoire : « C’était la guerre entre nous. »

Démission

La cadence infernale, les pressions de la direction et les conditions de travail déplorables ont fini par le pousser à démissionner. Comme beaucoup d’autres employés. « Il y a un énorme turn-over. Personne ne reste. » Grégoire travaille aujourd’hui dans une autre compagnie aérienne. « Je vole 50 heures par mois, je gagne le double et je suis beaucoup mieux traité par mon entreprise, se réjouit-il. Mon expérience chez Ryanair m’a quand même servi. Il paraît que ça fait bien sur un CV. Les recruteurs savent qu’on travaille dur. »

* Le prénom a été changé

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