Prendre sa retraite à 40 ans, un rêve? «Cette vie où il faut absolument acheter une grosse maison, ça ne me correspondait pas»

VOUS TEMOIGNEZ Plusieurs internautes témoignent de leur choix d'une vie plus « frugale »…

Nicolas Raffin

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Voyage voyage...
Voyage voyage... — Julie Jacobson/AP/SIPA
  • Venu des Etats-Unis, le « frugalisme » fait des adeptes en Europe.
  • Le concept suppose de vivre « en-dessous » de ses moyens afin de pouvoir partir très tôt à la retraite.
  • Les personnes interrogées par 20 Minutes affirment qu’il ne s’agit pas de se priver, mais de réfléchir à sa manière de vivre et de consommer.

Ils ne sont ni ermites, ni hippies, ni survivalistes. Les trois personnes qui ont accepté de raconter leur parcours à 20 Minutes ne sont pas des bêtes de foire. Ils ont eu - ou ont toujours - un métier, vivent seuls ou en couple, ont des enfants et des amis. Leur vraie différence ? Remettre en question le parcours de vie « classique » : études, travail pendant une quarantaine d’années, puis retraite bien méritée.

A la place, eux économisent – sans pour autant se priver -, avec l’objectif d’atteindre une certaine indépendance financière autour de 40 ans, voire avant. L’objectif : s’affranchir de la contrainte du travail et pouvoir mener leurs propres projets sans craindre de tomber dans la misère. Certains se définissent comme « frugalistes », c’est-à-dire comme vivant en dessous de leurs moyens. Il s’agit au fond de se libérer de sa « peur existentielle » liée à l’argent, explique à l’AFP Gisela Enders, auteur d’un livre sur le sujet.

Yann, ingénieur, 31 ans : « Je ne me vois pas travailler jusqu’à 68 ans »

« J’ai toujours aimé planifier ma vie » nous explique Yann, installé à Annecy. Soumis à un travail qu’il qualifie « d’intense » et de « stressant », il commence à se renseigner l’année dernière sur les moyens de partir à la retraite très tôt. « Mon travail me met énormément la pression et je ne me vois pas travailler jusqu’à 68 ans, affirme-t-il. On n’a qu’une vie et il faut en profiter ».

Soucieux de ne rien laisser au hasard, il se crée un fichier Excel pour recenser ses dépenses et ses revenus présents et futurs. « Au rythme où je suis, je pourrais arrêter de travailler à 45 ans » poursuit-il. Yann a calculé : avec sa femme, ils mettent environ 30.000 euros de côté chaque année, soit 40 % de leurs revenus. La somme est investie dans des placements financiers ou immobiliers. La rente future leur permettra de subvenir à leurs besoins, mais aussi de payer les études des enfants ou l’infirmière à domicile des parents.

Malgré cette épargne conséquente, « on ne se prive pas, poursuit l’ingénieur. On adore voyager, et pour le reste, on vit simplement. Pour tout ce qui est courses alimentaires, on achète local ou en promotion. Pour les abonnements internet, téléphone, on prend ce qui est le moins cher. » Une fois sa retraite prise, Yann a déjà tout prévu : « je continuerai à découvrir le monde, me lancer dans le tourisme en montagne, développer un potager afin d’être totalement autonome. Bref, ne plus dépendre du rythme ultra-réglé de la vie actuelle ».

Tom, ancien militaire, 55 ans : « Je vois plus de monde dans ma forêt qu’à Paris »

C’est dans le Morvan que Tom s’est installé il y a dix ans, après une vingtaine d’années passées sous les drapeaux et une « retraite » de 1500 euros mensuels. « J’avais fait beaucoup d’opérations extérieures, en termes de salaire c’est comme si j’avais travaillé deux fois plus longtemps » raconte-t-il. Il rachète un chalet mal en point et le retape jusqu’à ce qu’il soit complètement habitable toute l’année.

« Je voulais être dans une forme d’autonomie décisionnelle, explique Tom à 20 Minutes. Je suis totalement autonome depuis 4 ans, et on se rend compte que les choses ne se passent pas comme vous vous l’étiez imaginé. Par exemple, le retour à la nature, on peut croire que c’est chouette, mais en fait c’est pourri. Ce n’est pas comme dans les films avec une belle musique, c’est froid et humide. En revanche, j’ai changé mon rythme de vie et ça m’a vraiment transformé ».

Loin de vivre en ermite, Tom ne refuse pas le contact avec le monde extérieur. « C’est vraiment curieux, parce que je vois plus de monde dans ma forêt que je n’en voyais avant à Paris » rigole-t-il. Il compte bien laisser le chalet en héritage à ses trois grands enfants qui lui rendent souvent visite : « J’espère qu’ils continueront à y aller et à se voir dans cet environnement original quand je ne serais plus là » conclut Tom.

Oliver, programmateur, 29 ans : « Je suis très heureux de ne pas être dépendant de mon travail »

Oliver est un des pionniers du « frugalisme » en Allemagne. Lorsqu’il découvre le concept, il décide d’ouvrir un blog pour partager son expérience. « Quand j’étais étudiant et que je me disais que j’allais devoir travailler 40 ans avant de prendre ma retraite, je n’aimais pas trop ça. Cette vie où il faut absolument acheter une grosse maison, ça ne me correspondait pas. »

Il décide alors, comme Yann, de suivre ses dépenses via un fichier et d’épargner autant qu’il le peut via des placements financiers. « Aujourd’hui, je suis à temps partiel, et je peux quitter mon job à tout moment, affirme Oliver. Si je décidais de le faire maintenant, je serais totalement autonome pendant 8 ans avant de devoir recommencer à travailler ».

Avec sa copine, il habite un deux-pièces à Hambourg. « A nous deux, nous avons un loyer de seulement 500 euros par mois, et je n’ai pas de voiture. Je n’ai pas l’impression de manquer de quelque chose. Un appartement plus grand ne rendrait pas ma vie meilleure » juge-t-il. Pour Oliver, si tout le monde « ne peut pas partir à la retraite à 40 ans », le principal est « de questionner notre mode de vie, nos dépenses, pourquoi on consomme autant ».