Crise du gaz carbonique: Doit-on craindre une pénurie de bières et de sodas cet été?

SOIF La production ralentie de gaz carbonique, qui donne leur pétillant aux bières et aux sodas, laisse craindre un risque une pénurie de boissons pétillantes en Europe...

A.B. avec AFP

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Sans CO2, pas de bière ni de soda!
Sans CO2, pas de bière ni de soda! — GILE MICHEL/SIPA

C’est la haute saison pour les bars et les barbecues alors que l’Europe connaît une vague de chaleur en pleine période de diffusion de la Coupe du monde. Mais, au même moment, les entreprises productrices de boissons doivent faire face à une pénurie du gaz carbonique qui donne leur pétillant aux bières et aux sodas.

Une pénurie de dioxyde de carbone industriel (CO2) affecte également les producteurs de viande et les entreprises de l’agroalimentaire dont le réfrigérant est composé de glace carbonique. La glace est un autre produit qui pourrait donc venir à manquer, alors que les températures ont atteint les 30 degrés Celsius dans certaines régions d’Europe du nord.

Des ventes rationnées en Grande-Bretagne

En Grande-Bretagne, pays le plus touché par la pénurie de CO2, un des principaux fournisseurs en boissons des bars et restaurants rationne les ventes. Booker, qui appartient au géant des supermarchés Tesco, a annoncé qu’il limitait ses ventes aux grossistes à dix caisses de bières et cinq de cidre ou de boissons sans alcool.

Le groupe néerlandais Heineken dit travailler « 24 heures sur 24 » pour répondre à une hausse de la demande, étant donné les températures élevées et la compétition de football, en s’approvisionnant en gaz dans tout son réseau européen.

La filiale britannique de Coca-Cola a annoncé de son côté qu’elle « répondait actuellement à un problème industriel qui affecte l’approvisionnement en CO2 en Grande-Bretagne » en suspendant temporairement une partie de sa chaîne de production de boissons. Elle a toutefois assuré qu’il n’y aurait pas d’impact sur l’approvisionnement.

Entretien des usines et baisse de la production de l’ammoniac

La pénurie de gaz carbonique a été rapportée par la revue spécialisée Gas World, qui a évoqué « la situation la plus difficile d’approvisionnement à toucher le marché européen du dioxyde de carbone depuis plusieurs décennies ».

Elle a expliqué le phénomène par une coïncidence entre l’entretien programmé des usines en Europe du nord et une tendance à la baisse du marché de production de l’ammoniac, utilisé pour les engrais mais qui entre également dans la production du dioxyde de carbone industriel. Les usines ont profité du fait que les agriculteurs avaient déjà planté leurs cultures au printemps et de ce fait d’une faible demande en engrais pour réaliser leurs travaux d’entretien.

Mais ces derniers ont coïncidé avec des températures inhabituellement chaudes pour un mois de mai en Europe qui ont provoqué une hausse de la demande en boissons gazeuses. Au même moment, d’après Gas World, l’approvisionnement moins cher en ammoniac en dehors de l’Europe a encouragé les industriels à garder leurs usines hors-service plus longtemps.

« Semaine critique »

Tandis que les industriels privilégient l’approvisionnement en ammoniac depuis l’Europe du sud et au-delà, la Grande-Bretagne a été particulièrement touchée en raison des routes de transbordement plus longues et de la fermeture de toutes ses usines de transformation d’ammoniac, à l’exception d’une.

Dans les abattoirs, le CO2 est utilisé pour étourdir les animaux avant qu’ils ne soient tués. La pénurie a ainsi contraint la plus importante usine de transformation de viande de porc d’Ecosse à suspendre les abattages cette semaine. 

Une « semaine critique » pour l’industrie

Les principaux acteurs de l’approvisionnement en gaz industriel sont l’allemand Linde et Messer, le français Air Liquide et le géant américain Praxair. Dans un communiqué, Air Liquide a expliqué que la pénurie était le « résultat de l’arrêt exceptionnel et simultané des unités de production de CO2 brut ». L’entreprise a ajouté qu’elle était « mobilisée à plein temps pour répondre aux besoins de sa clientèle industrielle et de l’agroalimentaire dans un contexte de pénurie temporaire indépendante de notre volonté » (et non pas « échappant à son contrôle »).

Si cette semaine est une « semaine critique » pour l’industrie, la situation devrait s’arranger dès que les usines d’ammoniac seront relancées, a rapporté Gas World. Un soulagement pour les amateurs de football, au moment où la Coupe du monde entre dans sa phase finale et où des pintes de bières sont englouties dans la tristesse ou la joie.