Pensions de réversion: Le gouvernement peine à rassurer sur sa future réforme des retraites

SOCIAL Après les démentis d’Edouard Philippe et Emmanuel Macron, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a confirmé ce jeudi de possibles « hausses » ou « baisses » des futures pensions de réversion…

C.P. avec AFP

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Des personnes âgées jouent au bingo au centre Montgre, un Ehpad à Lens, le 4 décembre 2013
Des personnes âgées jouent au bingo au centre Montgre, un Ehpad à Lens, le 4 décembre 2013 — Philippe Huguen AFP

Un terrain miné et des tirs en ordre dispersé. Alors qu’en début de semaine Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont tenté d’éteindre l’incendie allumé dimanche par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, démentant chacun leur toute réduction des futures pensions de réversion, Christophe Castaner a de nouveau semé le doute ce jeudi sur LCI, en évoquant une forme de modulation des pensions de réversion.

« Évidemment la pension de réversion (…) sera modifiée »

« Le principe [des pensions de réversion] restera parce qu’il est essentiel, mais ensuite on veut une réforme profonde, plus juste », pour « faire en sorte qu’un euro cotisé génère les mêmes droits », a indiqué le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement.

« Et donc si vous modifiez la base, c’est-à-dire la retraite de chacun pour en faire un système plus juste, plus égal, pour mettre un terme à ces 40 systèmes, qui sont tous différents, qui existent en France et qui génèrent de l’injustice, évidemment la pension de réversion (…) sera modifiée », a ajouté Christophe Castaner.

Interrogé pour savoir si elle allait donc baisser, il a répondu : « Pas forcément. Elle sera modifiée (…) Si vous faites dans la justice, pour certains elle peut baisser, pour d’autres elle peut augmenter ».

L’exécutif monte au créneau

Édouard Philippe avait estimé mardi devant le Sénat que s’il fallait « poser sur la table la question » des pensions de réversion, le gouvernement ne travaillait « en aucune façon (…) sur des mesures qui viendraient amoindrir ou remettre en cause les pensions de réversion », les qualifiant de « nécessité souvent absolue » pour les bénéficiaires, mais aussi de facteur d'« inégalité » entre ces derniers.

Peu après, Emmanuel Macron a enfoncé le clou en publiant deux messages sur Twitter : « Il n’est pas question de supprimer les pensions de réversion pour les futurs retraités, qui bénéficieront des mêmes prestations pour chaque euro cotisé », a martelé le chef de l’Etat.

Ces déclarations faisaient suite aux propos du ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, qui expliquait dimanche « accorder une importance majeure » à ces pensions, soulignant toutefois qu’elles « devaient » être revues pour être «plus justes et plus efficaces».

La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn avait indiqué mi-juin que « tout » était « sur la table » dans le cadre de la réforme des retraites, y compris la question des pensions de réversion, même si leur suppression n’était « pas la question »,

Question explosive

Les inquiétudes autour d’une possible remise en cause ont été alimentées début juin par une question, posée dans un document du Haut-commissariat à la réforme des retraites : « Doit-on maintenir des pensions de réversion (…) avec quels objectifs et sur quels critères » ? Chargé d’une grande concertation, avant l’instauration du futur « système universel de retraite » promis par Emmanuel Macron, pour remplacer la quarantaine de régimes existants, le Haut commissaire Jean-Paul Delevoye voulait alors poser « toutes les questions », sans tabou.

Mais syndicats et politiques sont rapidement montés au créneau. Car la réversion, qui permet aux veufs de toucher une partie de la retraite de leur conjoint décédé, concerne aujourd’hui 4,4 millions de personnes, dont 89 % de femmes. Un million de bénéficiaires n’ont d’ailleurs aucune pension de droit « propre ».

Carrières plus courtes que les hommes ou interrompues, écarts salariaux, temps partiel : les inégalités de la vie professionnelle persistent à la retraite. Les pensions des femmes « restent inférieures de 40 % à celles des hommes », selon le Haut commissariat à la réforme des retraites. La réversion permet alors de « compenser » cet écart, le réduisant à 25 %.

Elle est donc pour beaucoup de retraitées « la seule bouée de secours », selon Pascale Coton (CFTC). Idée « scandaleuse », « plan infâme » : la semaine dernière, plusieurs personnalités politiques, de la gauche radicale à la droite de la droite, se sont aussi émues du sort réservé à ce dispositif, le patron de LFI Jean-Luc Mélenchon craignant « une harmonisation par le bas », voire une « suppression progressive ».

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