Grève SNCF: A la gare du Nord, des cheminots déterminés «à ne rien lâcher» quitte à «manger des cailloux»

REPORTAGE Les cheminots présents à l’assemblée générale de mercredi croient encore à la mobilisation…

Nicolas Raffin

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Des cheminots grévistes se rassemblent gare du Nord à Paris, en mai 2018 (Illustration).
Des cheminots grévistes se rassemblent gare du Nord à Paris, en mai 2018 (Illustration). — Francois Mori/AP/SIPA
  • Ce jeudi marque le dernier jour de grève « unitaire » à la SNCF.
  • La CGT et Sud-Rail veulent continuer la mobilisation contre la réforme.
  • La suite du mouvement pourrait dépendre du succès des grèves des 6 et 7 juillet.

Au bout du quai 36 de la gare de Nord, sur un parking baigné par le soleil, une cinquantaine de cheminots s’est rassemblée mercredi matin. L’assemblée générale du jour a peiné à faire le plein : certaines AG précédentes avaient regroupé des centaines de personnes. Pour les salariés de la SNCF présents, c’est l’heure de faire un premier bilan de la mobilisation, alors que la grève « perlée » démarrée début avril s’achève ce jeudi et que la CGT et Sud-Rail ont décidé de poursuivre le conflit en juillet.

Malgré une mobilisation en baisse – y compris chez certaines professions très engagées comme les conducteurs ou les contrôleurs -, Eric s’empare du micro avec fermeté. « Oui, les chiffres [de grévistes] étaient plus élevés au début du mouvement, mais la bataille n’est pas finie. Notre grève, elle nous appartient », lance l’élu Sud-Rail, dont Paris-Nord est un des bastions.

« C’est le début du combat »

C’est au tour de Xavier, conducteur, de prendre la parole. Le ton est offensif : « Cette grève-là, on ne peut pas la perdre. On n’a pas le droit de lâcher. L’objectif, c’est la guérilla, et on a un règlement qui nous permet de faire ça. On va leur montrer qu’en respectant les règles à la lettre, on va faire plier la direction de la SNCF ».

Au bout du quai 36, tout le monde est globalement d’accord : la grève doit continuer coûte que coûte. « C’est le début du combat, affirme Stéphane, technicien au Landy, le centre de maintenance des TGV. On arrive à la fin d’un calendrier perlé qui a montré ses limites. Je suis déterminé à ne rien lâcher, même si demain je dois manger des cailloux. »

« Il faut vite trouver une solution pour faire réagir les gens »

Mais dans « l’autre » camp, la détermination reste aussi intacte. Quelques heures après l’AG, en pleine journée de mobilisation à la SNCF, Emmanuel Macron signait devant les caméras la réforme ferroviaire votée quelques jours auparavant à l’Assemblée et au Sénat. « La SNCF a maintenant tous les atouts pour réussir », a expliqué le chef de l’État.

A Paris-Nord, les cheminots reconnaissent que la communication gouvernementale a pesé sur la mobilisation. « La grève sur trois mois, c’est usant psychologiquement, résume Sylvain, qui conduit des TER. On voit que la réforme ferroviaire avance, donc c’est usant, c’est démoralisant, et on s’aperçoit que cette stratégie n’a rien apporté. Il faut vite trouver une solution pour faire réagir les gens. Il n’y a pas de miracle, il faut aller les voir, leur expliquer ce qui se passe. »

« Je suis à Sud Rail et nos propres adhérents, on ne les voit pas en réalité, regrette Stéphane. Il y a beaucoup de "grève canapé". Je pense qu’ils se rendent compte de ce qu’il se passe, mais ils ne sont pas prêt à sacrifier quelques centaines d’euros pour faire plier le gouvernement. » Pour remotiver les troupes, les cheminots grévistes comptent sur la manifestation interprofessionnelle prévue ce jeudi. Et après les vacances, certains espèrent faire la « jonction » avec la réforme des retraites. « Pour ça, il faudra réussir la grève des 6 et 7 juillet, souffle un cheminot. Sinon, ils [les organisations syndicales] nous renverront tous à la maison ».

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