Marseille: Les bus à haut niveau de service, la solution miracle pour désenclaver les quartiers Nord? (spoiler: non)

TRANSPORTS La métropole Aix-Marseille-Provence doit voter ce jeudi le financement d’une ligne de « bus à haut niveau de service » censée desservir, à l’horizon 2021, les quartiers Nord de Marseille. Sauf s’il y a de nouveaux retards…

Jean Saint-Marc

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Des bus à haut niveau de service circulent déjà entre Luminy et Castellane, notamment.
Des bus à haut niveau de service circulent déjà entre Luminy et Castellane, notamment. — J.S.-M. / 20 Minutes
  • Un bus à haut niveau de service devrait desservir les quartiers Nord en 2021.
  • Ces bus géants qui roulent sur des voies dédiées sont, pour les collectivités, une solution moins coûteuse qu'un tramway ou un métro.
  • Plusieurs spécialistes et observateurs émettent toutefois des doutes sur ce choix, dans des quartiers Nord enclavés et qui manquent de transports en commun.

Petite leçon de géographie marseillaise avec Jean-Pierre Serrus. Selon le vice-président de la métropole, les cités de la Cabucelle, la Busserine ou les Arnavaux n’appartiennent plus aux  quartiers Nord. « Ça n’a plus tellement de sens, ces quartiers sont désormais géographiquement au centre de la métropole Aix-Marseille-Provence », ose l’élu chargé des transports.

Toujours très mal desservis par les transports en commun, les quartiers Nord le seront un peu mieux fin 2019, quand le métro sera enfin prolongé jusqu’à la station Capitaine Gèze – cinq ans après la date initialement prévue… Ils seront, en théorie, encore mieux desservis « à l’horizon 2021 », quand des bus à haut niveau de service dévaleront la L2 et, par endroits, des voies dédiées pour relier le fameux pôle multimodal Gèze au terminus la Fourragère, sans passer par le centre-ville.

« C’est plutôt un métro ou un tramway qui devrait desservir les quartiers Nord »

« Que n’ai-je entendu comme critiques sur le sujet des transports dans les quartiers Nord… Alors que nous redoublons d’effort avec des moyens serrés », s’exclame, dans son style caractéristique, le président de la métropole Jean-Claude Gaudin. 2021, « c’est toujours trop tard pour ceux qui attendent, mais nous essayons de faire le plus vite possible », embraye Jean-Pierre Serrus. Le choix du bus à haut niveau de service (BHNS) est un choix à moindre coût : 31 millions d’euros seront alloués par la métropole, en plus des travaux déjà financés pour la rocade L2.

« Les bus sont certes moins chers en termes d’investissement, confirme le consultant Mathias Cureau, membre du cabinet spécialisé Trans-Missions. Mais le tramway se rentabilise sur le long terme : un bus se renouvelle tous les 12 ans et demi, contre 30 à 35 ans pour un tramway. »

Circuleront-ils à l’hydrogène ?

La ligne B4 entre Gèze et la Fourragère est censée être fréquentée par 24.000 voyageurs par jour. « Mais il y a un potentiel très important dans les quartiers Nord, avec une population captive des transports en commun, des familles qui n’ont pas deux voitures par foyer, reprend Mathias Cureau. En soi, c’est plutôt du métro ou du tramway qui devrait desservir les quartiers Nord. Le BHNS, c’est une réponse a minima. Mais c’est déjà une réponse. »

Une réponse qui reste encore floue : la métropole n’a pas encore décidé, par exemple, si ces bus circuleraient au gaz, à l’électricité, ou même à l’hydrogène. « On ne s’interdit rien, on se laisse une bonne année pour décider », précise Jean-Pierre Serrus. La priorité est de réaménager les routes et rues empruntées par ces bus, prioritaires aux carrefours, et qui circuleront sur « plus de 4,4 kilomètres en site propre ».

Selon nos calculs (très artisanaux), la ligne s’étirera sur environ sept kilomètres. 60 % du parcours seulement sur des voies dédiées, « c’est un bus normal, quoi, qui sera coincé dans les bouchons », s’emporte Olivier Domenach, administrateur de l'ADAVA, association qui milite pour le développement du vélo, de la marche et des transports en commun à Aix et dans la métropole. Il développe :

Un bus à haut niveau de service, s’il est parfaitement conçu, peut être un véritable tramway sur pneu… Mais seulement s’il est en site propre. Faire un BHNS sans faire tout le tracé en site propre, cela dénote un manque de volonté politique. Cela fera un BHNS au rabais ! »

Dans un rapport rédigé pour Greenpeace, la FNAUT-PACA dénonce elle aussi « une volonté politique insuffisante » en matière de transports en communs. Et dans les quartiers Nord, en l’absence d’une ligne de métro, « les lignes de bus sont engluées dans les embouteillages », assure l’antenne locale de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports.

Pour éviter les bouchons, « il faut 70 voire 80 % du parcours en site propre, assure à son tour l’expert Mathias Cureau. Mais tout dépend de la circulation localement. » Pour le savoir, il faudra attendre l’ouverture de la L2, au deuxième semestre 2018. Sauf retard

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