Les enterrements de vie de célibataire, une «tradition» qui peut coûter (très) cher

CELEBRATION Les EVG et EVJF sont devenus de véritables événements…

Nicolas Raffin

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Les bains de Budapest sont devenus un événement très prisé des EVG.
Les bains de Budapest sont devenus un événement très prisé des EVG. — Balazs Mohai/AP/SIPA
  • Peu répandus il y a 20 ans, les enterrements de vie de célibat ont la cote.
  • Certaines sociétés sautent sur l’occasion et proposent des voyages « clés en main ».
  • L’augmentation de l’âge moyen des mariages peut aussi expliquer le phénomène.

« Des moments inoubliables même si inévitablement très bien arrosés ». Voici comment Benjamin décrit l’enterrement de vie de garçon (EVG, ou EVJF, pour les filles) auquel il a participé l’année dernière. Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à marquer le coup avant le mariage d’un(e) ami(e), ou avant leur propre cérémonie.

Selon une enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined), la pratique s’est démocratisée dans les années 2000. « Parmi les gens qui se sont mariés dans les années 1990, seulement 23 % des hommes et 12 % des femmes faisaient des enterrements de vie de célibataire, explique la sociologue Florenche Maillochon à BFM. On est passés à 45 % des hommes et des femmes, tous âges confondus ». Et pour les moins de 30 ans, la pratique dépasse les 65 %.

400 euros par personne

Sentant le bon filon, plusieurs entreprises spécialisées et sociétés d’événementiels proposent désormais des EVG/EVJF « sur mesure », avec voyages en Europe, activités « extrêmes » (tir à la kalachnikov, conduite de tank, combat contre un animal), et « shows » avec des danseurs et danseuses souvent peu habillés. L’EVG français aura même bientôt son propre film, Budapest, en salles ce mercredi. Il raconte l’histoire de deux entrepreneurs qui décident de tout quitter pour se lancer dans ce business.

Le titre du film n’a pas été choisi au hasard : Budapest est une destination très prisée pour les EVG. C’est d’ailleurs dans la capitale hongroise que s’est retrouvé Benjamin. « Nous avions réservé un grand appartement via Airbnb pour nous retrouver à la descente de l’avion, explique-t-il. Pendant le week-end, nous avons fait une sortie dans les « ruines bars » de la ville, une séance de tir à balles réelles dans un shooting club, une aventure en beerbike [sorte de bar roulant à pédales] dans les rues et une soirée de clôture dans les thermes de Budapest. » Le tout pour un budget qu’il estime à environ « 400 euros par personne ».

« Chez nous, c’est très simple »

Une somme loin d’être négligeable. Ainsi, l’agence Crazy EVG, dont « Budapest » s’inspire en partie, organise environ 5.000 « enterrements » de célibat chaque année, pour un chiffre d’affaires qui tourne autour d’une dizaine de millions d’euros par an. De son côté, Sébastien Timineri, cofondateur de Voyage Event, note que « plus de la moitié » des EVG qu’il organise chaque année se font à l’étranger. « Aujourd’hui on se marie de plus en plus tard, les gens ont souvent un emploi, et donc un plus gros budget » note-t-il.

A l’inverse, certains internautes consultés par 20 Minutes critiquent cette marchandisation à outrance. « Je ne pense pas qu’il faille dépenser de grosse somme d’argent, affirme Alexis sur le groupe Moi Jeune de 20 Minutes. J’ai déjà refusé de participer à des EVG/EVJF car il fallait débourser 300/400 euros pour un week-end en Europe. Chacun doit pouvoir prendre part à cet événement sans pour autant casser son PEL pour y participer. » Même chose pour Anaïs : « Chez nous, c’est très simple : un resto, une soirée au casino, et le lendemain on passe la matinée au sauna-hammam. »

« Un passage très relatif »

Onéreux ou à moindres frais, les enterrements de vie de célibat sont devenus un vrai « rituel » pour les plus jeunes. « Quand vous questionnez les personnes qui ont participé à un EVG ou EVJF, le mot « tradition » revient souvent, alors que le phénomène est plutôt récent », remarque Catherine Pugeault, maître de conférences au Centre de recherches sur les liens sociaux (Cerlis) Paris-Descartes, et qui a travaillé sur le sujet.

Elle poursuit : « Les gens investissent beaucoup sur leur mariage ; ils veulent absolument le « réussir » comme ils veulent réussir leur vie, leurs études, etc. La diffusion de ces « enterrements » est en partie liée au fait que juste avant le passage du cap, on veut décompresser un peu. Même si ce passage est très relatif - les gens qui se marient habitent souvent déjà ensemble - il y a néanmoins une symbolique auquel on reste attaché ».