Un trader amateur français engage 6,5 milliards de dollars mais ne déclenche pas d'alerte

BOURSE Le trader, tout juste formé, a engagé des milliards d'euros, alors que son compte était limité à 20 000 euros...

20 Minutes avec agences

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Le trader amateur avait un compte pourtant limité à 20 000 euros (illustration).
Le trader amateur avait un compte pourtant limité à 20 000 euros (illustration). — ERIC PIERMONT AFP

Dix ans après Jérôme Kerviel, une nouvelle affaire rocambolesque secoue le monde de la finance. Le 29 juin 2017, Harouna Traoré, un trader français débutant, a pris une position cumulée de 6,5 milliards de dollars (5,6 milliards d’euros) alors que son compte était limité à 20 000 euros. Le jeune trader agissait pour son propre chef, via un compte ouvert chez le courtier britannique Valbury.

Selon l’agence Reuters, Harouna Traoré, 41 ans, a démarré sa journée en prenant « de mauvaises positions » qui vont le conduire à une perte de 2,4 millions d’euros. À la manière d’un joueur de poker, il est ensuite parvenu à se refaire pour terminer la journée sur un gain de 13,6 millions de dollars.

Un million d’euros de perte

Le jeune courtier a raconté à la justice qu’il est rentré chez lui le midi afin de s’entraîner sur le simulateur de trading de Valbury. Ce n’est que plus tard qu’il a compris que les ordres qu’il avait passés sur la plateforme étaient bien réels, occasionnant une perte de plus d’un million d’euros.

Paniqué, Harouna Traoré a décidé de continuer à trader pour combler ses pertes, ce qu’il a réussi à faire avec succès. Ainsi, à la fin de la journée, son solde créditeur atteignait près de 11 millions de dollars, pour une exposition cumulée de 6,5 milliards de dollars d’après les relevés de trading consultés par Reuters.

Une bataille juridique entre le trader et son broker

Cependant, les explications du trader n’ont pas convaincu le courtier Valbury qui a ouvert une enquête. Celle-ci a conclu qu’Harouna Traoré a agi en « violation du contrat » qui le liait à son broker, et qui le limitait à 10 contrats par jour. Les transactions et les gains réalisés par le courtier pendant sa folle journée du 29 juin 2017 ont été gelés.

Le 10 janvier 2018, le trader a assigné Valbury en justice devant le tribunal de grande instance de Pontoise pour tenter de récupérer ses gains.

Des garde-fous insuffisants ?

Dix ans après le scandale Kerviel, cette nouvelle affaire surprend certains professionnels qui pointent du doigt l’insuffisance des garde-fous dans l’industrie financière. « Je ne comprends même pas comment un courtier en ligne peut autoriser des clients à passer des ordres pareils, avec des montants pareils, ça devrait automatiquement être bloqué », a déclaré Jérôme Legras, responsable recherche chez Axiom Alternative Investments.

Selon Tarek Elmarhri, fondateur de Krechendo, si aucune alerte ne s’est déclenchée, c’est avant tout parce que le trader « est parvenu à finir sur un gain et qu’il a clos ses positions avant la clôture du marché, ce qui n’a pas déclenché d’appels de marge ».

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