Pourquoi la grève à la SNCF risque d'être très longue

TRANSPORTS Les négociations sur la future convention collective s’annoncent tendues…

Nicolas Raffin

— 

Un cheminot en grève à Paris, le 13 juin 2018.
Un cheminot en grève à Paris, le 13 juin 2018. — Lucile Gourdon/SIPA
  • La CGT et Sud-Rail veulent faire grève cet été.
  • Les syndicats vont se battre pour la future convention collective des cheminots.
  • Une nouvelle grande grève n’est pas à exclure si les négociations se passent mal.

Le train de la grève poursuit sa route à la SNCF. Ce mercredi, la CGT Cheminots se réunissait pour décider de fixer de nouvelles dates de mobilisation le mois prochain, après avoir évoqué le 6 ou le 7 juillet en début de semaine. En fin de journée, son secrétaire général, Laurent Brun a annoncé qu’elle « appellera régulièrement à la grève en juillet et août » et que « les dates seront dévoilées au fur et à mesure, en fonction de l’avancée ou non des négociations » sur les suites de la réforme ferroviaire.

Elle sera sûrement rejointe par Sud-Rail, qui n’entend pas être à la traîne. Même si la loi a été définitivement adoptée par le Parlement la semaine dernière, les deux syndicats ne veulent pas baisser la garde. Dans un tract publié mercredi, Sud-Rail annonce clairement ses intentions : « Laisser s’appliquer la loi ferroviaire, c’est sacrifier les cheminots ! ». Selon l’organisation, il faut « obliger le gouvernement » à revenir en arrière, quitte à « inscrire le mouvement dans une durée indéterminée ».

Préserver les « facilités de circulation »

Une ligne dure partagée aussi par la CGT. En plus de contester la nouvelle loi, elle entend aussi peser sur les discussions concernant l’avenir du fret – une réunion sur le sujet est prévue le 11 juillet avec le ministère des Transports – mais aussi sur la future convention collective du secteur ferroviaire. En effet, avec l’ouverture à la concurrence et la disparition du statut des cheminots le 1er janvier 2020, les organisations patronales et syndicales du secteur vont négocier un cadre commun qui s’appliquera à toutes les entreprises opérant en France. Les discussions devraient s’étaler jusqu’en 2019.

Dans ce combat, la CGT et Sud-Rail retrouveront l’Unsa. « Notre objectif est de construire un cadre social de haut niveau et attractif pour les salariés, explique à 20 Minutes Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa. Des sujets comme la formation et la rémunération sont au cœur du système ferroviaire ». L’Unsa entend notamment préserver les « facilités de circulation », autrement dit les billets de trains gratuits, pour tous les cheminots. « C’est impensable que les cheminots n’y aient plus droit » confirme Roger Dillenseger.

Une « bombe à retardement »

La CFDT, qui avait obtenu avec l’Unsa quelques amendements à la loi, se mêlera aussi à la partie. « L’avantage dans cette nouvelle négociation, c’est qu’on sera rejoint par les collègues des entreprises ferroviaires privées, rappelle Vanessa L’Homel, secrétaire adjointe de la CFDT Cheminots en Lorraine. Il faudra être très attentif aux accords sur le temps de travail. On fait des métiers sensibles, on ne pourra pas demander à un conducteur de rouler pendant 14 heures. »

Et si les syndicats apparaissent divisés quant à la poursuite immédiate de la grève, les plus « réformistes » n’excluent pas d’y recourir à nouveau si la négociation sur la convention collective patine. « C’est une bombe à retardement, car les cheminots ont déjà fait énormément de sacrifices, estime Vanessa L’Homel. » Roger Dillenseger complète : « Il est évident qu’en dernier recours, si la négociation nécessite de mettre une pression forte, nous n’écartons aucune possibilité ». Le printemps avait été chaud à la SNCF, l’automne le sera peut-être tout autant.

>> Lire aussi: EXCLUSIF. «Faire grève contre une loi, en démocratie, c'est curieux», dit Edouard Philippe