La Banque de France confirme le coup de mou de la croissance française

CONJONCTURE La Banque de France a légèrement abaissé jeudi sa prévision de croissance pour 2018 mais exclut pour l’instant un retournement de tendance…

20 Minutes avec AFP

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La Banque de France à Paris.
La Banque de France à Paris. — A. GELEBART/20 MINUTES/SIPA

Un ralentissement mais une dynamique « robuste ». Dans ses prévisions macroéconomiques semestrielles publiées jeudi, la Banque de France a abaissé légèrement sa prévision de  croissance pour 2018 mais a maintenu sa trajectoire pour la suite.

Coup de mou temporaire

L’institution monétaire table désormais sur une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 1,8 % en France cette année, inférieure de 0,1 point à sa dernière prévision, publiée mi-mars.

En cause : le ralentissement économique très net constaté lors du premier trimestre (+0,2 % de croissance, contre +0,7 % fin 2017), mais aussi les mauvais résultats du printemps, tant sur le plan de la production industrielle que de la consommation en biens.

Pour la banque centrale française, ce coup de mou ne devrait toutefois être que « temporaire » : la croissance est « robuste », écrit l’institution monétaire, qui a décidé de maintenir inchangées ses hypothèses de croissance pour 2019 et 2020, à 1,7 % puis 1,6 %.

Pas de « retournement de cycle »

L’économie française va croître « à une vitesse de croisière de l’ordre de 0,4 % par trimestre », souligne le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans un entretien aux Echos.

« Nous n’allons pas retrouver le rythme exceptionnel de la fin 2017 mais le ralentissement du début 2018 n’apparaît donc pas comme un retournement de cycle », ajoute-t-il.

Selon la Banque de France, la consommation devrait certes marquer le pas en 2018, dans un contexte de remontée des prix du tabac et surtout de l’énergie, qui « limite les gains de pouvoir d’achat » des ménages.

Mais une amélioration devrait intervenir « au fil de l’année », en particulier au moment où les mesures fiscales favorables aux ménages deviendront effectives (baisse de la taxe d’habitation et suppression des cotisations salariales), en attendant un potentiel rebond en 2019.

Poursuite de la baisse du chômage

L’investissement des entreprises, en berne depuis le début de l’année, après la forte progression enregistrée en 2017, devrait de son côté revenir « progressivement vers un rythme de croissance plus conforme à ses déterminants », de l’ordre de 3,6 % cette année.

Quant aux exportations, elles devraient rester « dynamiques », dans le sillage d’une demande mondiale soutenue -- même si cette dernière devrait ralentir « assez nettement en 2019 et 2020 », pénalisée par un prix du pétrole « durablement élevé ».

Dans ce contexte, le chômage devrait poursuivre sa baisse, avec près de 200.000 créations nettes d’emploi en 2018 puis 180.000 en 2019 : le taux de chômage passerait ainsi de 9,2 % actuellement à 8,2 % fin 2020, soit son plus bas niveau depuis fin 2008.

Côté finances publiques, l’amélioration devrait être en revanche plus faible que prévu. Selon les projections de la Banque de France, le déficit atteindra 2,5 % cette année au lieu des 2,3 % prévus par le gouvernement, l’inflation étant pour sa part attendue à 2 %.

« Aléas » liés au protectionnisme américain, au Brexit et l’Italie

Ces prévisions pourraient-elles être remises en cause en cas de dégradation de la situation politique internationale ? Dans ses prévisions, la Banque de France reconnaît l’existence de plusieurs « aléas », liés notamment à la politique commerciale du président américain Donald Trump.

Mais ces risques, susceptibles d'« affecter la demande adressée à l’Europe et la France en particulier », pourraient être « en partie contrebalancés » par des politiques expansionnistes dans les pays de la zone euro « ayant des excédents budgétaires, comme l’Allemagne », écrit la banque centrale.

« Il y a des incertitudes, personne ne peut le nier », a reconnu jeudi le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin ​lors de l’émission Questions d’info (AFP-LCP-Le Point), évoquant « le Brexit », « l’Italie », « la politique fiscale de M. Trump » et le « baril de pétrole ».

« En même temps ce que nous faisons, et la façon dont le président de la République essaie de pacifier les relations internationales, devrait nous amener au taux de croissance qu’on a prévu dans le projet de loi de finances », a-t-il estimé.

Le gouvernement, qui espère un rebond de l’activité au second semestre, table pour l’heure sur une croissance de 2 %, en raison des bons résultats de 2017 (+2,2 %), qui se répercuteront mécaniquement sur 2018. Un chiffre sur lequel Gérald Darmanin s’est dit jeudi « raisonnablement optimiste ».