Grève à la SNCF: Est-ce que le mouvement se terminera vraiment à la fin juin?

TRANSPORTS Le mouvement social pourrait se poursuivre cet été...

Nicolas Raffin

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La gare SNCF de Lyon Part-Dieu (Illustration).
La gare SNCF de Lyon Part-Dieu (Illustration). — KONRAD K./SIPA
  • La grève SNCF reprend mardi et mercredi.
  • La réforme ferroviaire doit être définitivement adoptée par le Parlement.
  • Les espoirs des syndicats pourraient se porter sur la négociation collective.

Les syndicats de la SNCF sont en passe de réussir un de leurs paris : tenir ensemble la grève contre la réforme ferroviaire au moins jusqu’au 28 juin. La « journée de la colère cheminote » de ce mardi marque en effet le 29e jour de mobilisation des travailleurs du rail.

Malgré la durée exceptionnelle de la grève, le texte de la réforme ferroviaire arrive bientôt au terme de son parcours législatif, sans que le gouvernement ait cédé sur les principaux points : fin du statut des cheminots, ouverture à la concurrence, transformation de la SNCF en société anonyme. Ce lundi, les députés et les sénateurs se réunissaient en commission mixte paritaire (CMP) pour fixer une version commune. En cas d’accord et de vote positif à l’Assemblée et au Sénat, la réforme ferroviaire pourrait être définitivement entérinée dès cette semaine.

Un calcul stratégique ?

Pour les syndicats, la question de « l’après » juin commence donc à se poser de plus en plus. Jusqu’à présent, les différentes organisations représentatives à la SNCF (CGT, Sud Rail, CFDT, Unsa) ont réussi à maintenir leur unité… pour des raisons stratégiques, selon Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques à l’Université de Bourgogne.

« A la fin de l’année, il y aura des élections professionnelles dans l’entreprise, rappelle ce spécialiste des mouvements syndicaux. Les syndicats font l’hypothèse que le premier à quitter la grève sera sanctionné dans les urnes ». Les élections déterminent aussi le nombre de postes de représentants alloués à chaque syndicat, et les moyens qui vont avec.

Un mouvement qui pourrait durer

Pour Jean Calvary, élu CGT de Paris-Montparnasse, « le fait que les syndicats soient unis depuis plus de deux mois montre que le problème de la réforme de la SNCF est sérieux. La poursuite de la grève n’est donc pas liée à l’échéance des élections professionnelles. Le gouvernement ne s’attendait pas à ce que cela dure aussi longtemps ».

La CGT est loin de considérer le combat comme terminé. « Vu les enjeux, on ne peut pas lâcher comme ça, affirme Jean Calvary. Même si par malheur le gouvernement arrivait à ses fins avec l’ouverture à la concurrence, nous demanderions le retour à une entreprise ferroviaire unique. C’est une bataille de longue haleine. »

L’idée d’une grève qui perdurerait pendant les vacances d’été est d’ailleurs en train de faire son chemin dans l’opinion. Selon un sondage Ifop pour le JDD publié début juin, 73 % des Français s’attendent à ce que le mouvement social continue au mois de juillet. « Même s’il a gagné la bataille de l’opinion, le gouvernement pourrait voir son image écornée s’il ne parvient pas à mettre fin à la grève », explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Les syndicats pourraient donc être tentés de poursuivre leur mobilisation pour obtenir des compromis.

Nouvelle négociation

D’autant plus que le vote de la loi ne fermera pas toutes les possibilités de négociation. Avec l’ouverture à la concurrence, les syndicats et les organisations patronales vont devoir négocier une convention collective pour le secteur ferroviaire. Cette convention définira de nombreux droits pour tous les futurs salariés français du rail, qu’ils travaillent à la SNCF ou à Deutsche Bahn par exemple.

Ainsi, les rémunérations minimales de branches, les questions de prévoyance ou encore les garanties sociales (billets gratuits pour les cheminots) feront partie de ces négociations. Les syndicats comptent bien obtenir le plus de garanties possible pour tous les salariés. Une réunion, chapeautée par le ministère des Transports, est d’ailleurs prévue le 15 juin pour « évoquer la relance (des) négociations de branche ». En cas d’avancées, certains syndicats pourraient alors infléchir leurs positions : « si le gouvernement et le patronat prennent des engagements (…) tout est possible » glissait la semaine dernière Remi Aufrère-Privel, secrétaire général adjoint de la CFDT-Cheminots.