La retraite à 62 ans? «Encore faudrait-il pouvoir travailler jusqu'à 60»

REACTIONS La proposition de la présidente du Medef laisse sceptiques spécialistes et opposition...

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Près de 600.000 personnes (599.000) étaient bénéficiaires du minimum vieillesse en 2006, soit 4,5% des personnes âgées de 65 ans et plus, majoritairement des femmes et des personnes seules, selon une étude de la Drees (ministères du Travail et de la Santé) publiée lundi.
Près de 600.000 personnes (599.000) étaient bénéficiaires du minimum vieillesse en 2006, soit 4,5% des personnes âgées de 65 ans et plus, majoritairement des femmes et des personnes seules, selon une étude de la Drees (ministères du Travail et de la Santé) publiée lundi. — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

Alors qu'un nouveau bras de fer s'engage entre les syndicats et le gouvernement au sujet de l'allongement de la durée de cotisation, la présidente du Medef est remontée au créneau ce mercredi sur le report de l'âge légal du départ à la retraite de 60 à 62 ans.

Fin août, Laurence Parisot avait déjà prôné le relèvement à 61 ans en 2012 et à 62 ans en 2020. «D'après les derniers calculs que nous avons pu obtenir du Conseil d'orientation des retraites (COR), on commencerait à rééquilibrer les retraites si on ajoutait aux 41 années de cotisations (...) un âge légal de départ à la retraite de 62 ans», a-t-elle déclaré sur France 2.

152 trimestres effectués en moyenne

Pour le Parti socialiste, le gouvernement et le Medef «se livrent à un jeu de rôles pour pousser les feux d'un allongement toujours plus important de la durée de cotisation».

Un avis partagé par Danielle Karniewicz, présidente du conseil d’administration de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav). «Tant qu'on n'a pas les conditions requises pour garder les seniors dans l'emploi, passer de 60 à 62 ans est complètement délirant. A l'heure actuelle, déjà, les salariés effectuent en moyenne 152 trimestres sur les 160 nécessaires pour atteindre 40 ans de cotisation», explique-t-elle à 20minutes.fr.

Selon la spécialiste, «on ne peut pas à la fois ne plus dispenser les salariés âgés de 57 ans et demi de chercher un emploi, allonger la durée de cotisation et ne rien faire pour l'emploi des seniors».

Pénalités pour les employeurs «insuffisantes»

Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a présenté lundi les grandes lignes du plan gouvernemental en la matière. Il est notamment prévu de parvenir avant fin 2009 à «un engagement chiffré de progression sensible de la part des 55-64 ans dans les effectifs», faute de quoi des pénalités seront instaurées.

«Même si une surcotisation est instaurée en cas de non respect des quotas, il est probable que les employeurs préfèrent la payer plutôt que d'embaucher des seniors, dont le salaire est élevé. C'est ce qu'on observe avec la loi pour l'emploi des personnes handicapées», analyse Danielle Karniewicz. Selon elle, au-delà du problème des seniors, «tant que le gouvernement ne réfléchit pas à comment élargir l'assiette du financement de la Sécurité sociale, les réformes successives n'empêcheront pas la diminution des garanties collectives et l'augmentation du recours aux prestations privées». Le PS estime également que le gouvernement et le patronat veulent «éviter que soient posés les vrais problèmes du financement des retraites».

Economies Le COR a estimé mardi que porter l'âge légal de départ à la retraite à 61 ans, tout en allongeant la durée de cotisation exigée pour toucher une pension à taux plein, permettrait d'économiser 2,7 milliards d'euros en 2020. Un relèvement à 62 ans en 2016 porterait ces économies à 6,6 milliards, a-t-il ajouté.