Lait contaminé: Le PDG de Lactalis fait bouillir les députés de la commission d’enquête

AGROALIMENTAIRE Certains parlementaires n’ont pas caché leur agacement devant l’attitude de l’entreprise…

Nicolas Raffin

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Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis, à l'Assemblée nationale, le 7 juin 2018.
Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis, à l'Assemblée nationale, le 7 juin 2018. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Emmanuel Besnier est venu s’expliquer ce jeudi devant les députés.
  • Le PDG de Lactalis s’est vu reprocher de rejeter une partie de la responsabilité du scandale sur le laboratoire d’analyse.
  • Le rapport sur l’affaire du lait contaminé est attendu en juillet.

Cette fois-ci, il n’aura pas fait faux bond. Après avoir séché une audition au Sénat fin janvier, le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, s’est présenté ce jeudi devant la commission d’enquête parlementaire créée après le scandale du lait contaminé. Des lots de lait en poudre avaient rendu plusieurs bébés malades et conduit au rappel de millions de produits fin 2017.

Le discret patron du géant mondial de l’agro-alimentaire (80.000 salariés) avait pourtant tout tenté pour ne pas avoir à répondre. Fin avril, ses avocats avaient écrit un courrier à la ministre de la Justice pour demander – en vain – l’interruption des travaux des parlementaires, le temps que la procédure pénale arrive à son terme. La manœuvre n’a pas manqué d’agacer les députés. « Nous sommes extrêmement contrariés que vous essayiez de torpiller la commission par tous les moyens possibles », a souligné Christian Hutin (Nouvelle Gauche).

Des lots négatifs… puis positifs

Dans une ambiance parfois tendue, les députés ont cherché à mieux comprendre le déroulé de la crise et les dysfonctionnements de l’usine de Craon (Mayenne) à la fin de l’année dernière. Emmanuel Besnier s’est plié à l’exercice, le nez souvent rivé sur ses fiches. Il a rappelé qu’avant décembre 2017, aucune poudre de lait infantile l’entreprise n’avait été contrôlée positif à la salmonelle.

Pourtant, une contre-analyse lancée après la crise a révélé la présence de 62 lots positifs, parmi des produits déjà testés auparavant. « Il est évident que si un résultat positif avait été communiqué avant le 1er décembre, aucun produit n’aurait été mis sur le marché. La crise aurait ainsi pu être évitée » a affirmé Emmanuel Besnier, laissant entendre que le laboratoire externe chargé des analyses serait en partie responsable de la situation.

Un sous-entendu peu apprécié par les députés. « Vous fabriquez des produits, ce sont vos produits, c’est votre responsabilité » tonne le rapporteur LREM Grégory Besson-Moreau. Didier Le Gac (LREM) lui emboîte le pas : « C’est vous [Lactalis] le donneur d’ordre, c’est vous qui payez le laboratoire. » D’après une information d’Europe 1, le groupe aurait d’ailleurs bénéficié avant 2017 d’un traitement de faveur d’un ancien laboratoire. Ce dernier refaisait les tests jusqu’à ce qu’ils soient satisfaisants.

Lactalis, la discrétion avant tout

Malgré ces questions et ces critiques, Emmanuel Besnier n’a jamais élevé la voix pendant ses deux heures d’audition. « Notre groupe est un groupe discret, je l’assume et c’est lié à ma personnalité (…) certains veulent transformer cette discrétion en opacité, c’est une grave erreur », a-t-il déclaré pour justifier son quasi-silence médiatique (il ne s’est exprimé publiquement qu’à trois reprises).

Les députés de la commission d’enquête doivent maintenant auditionner plusieurs ministres la semaine prochaine, avant de rendre leurs conclusions et leurs préconisations dans le courant du mois de juillet. La proposition de loi issue du rapport pourrait notamment demander un renforcement du rôle des laboratoires publics, indépendants de l’industrie agroalimentaire, et une amélioration des procédures d’alerte en cas de contamination d’une usine à la salmonelle.