Plan social chez Dia: «Avant, aux Flamants, il y avait un tabac, une épicerie, une boulangerie. Maintenant, il n’y a presque rien...»

ECONOMIE Le Carrefour contact de cette cité des quartiers nord de Marseille, où les commerces se font rares, devrait fermer prochainement... 

Mathilde Ceilles

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Des manifestants devant un Carrefour menacé de fermeture
Des manifestants devant un Carrefour menacé de fermeture — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Ce lundi, une poignée de militants de la CGT Carrefour se sont rassemblés devant un magasin du 14e arrondissement menacé de fermeture, comme 242 autres ex-Dia en France.
  • Les commerces se font rares dans cette cité des quartiers nord de Marseille.
  • En France, seuls 29 magasins ex-Dia sur 243 ont trouvé un repreneur.

En retrait sur le parking, Marie-Josée secoue la tête d’un air triste. Elle écoute Mouigni, chef de magasin Carrefour, exprimer son « dégoût » dans son mégaphone, gilet rouge CGT sur le dos. Voilà 33 ans que Marie-José, 59 a,s; habite aux  Flamants , juste en face de ce Carrefour contact​, situé aux portes de cette cité sensible des quartiers nord de Marseille. Régulièrement, elle vient ici faire ses courses.

« Ça me fait une sortie, explique-t-elle. Je n’ai pas de voiture, je n’ai pas les moyens d’en avoir. Alors c’est pratique, je n’ai que la rue à traverser. C’est vraiment dommage que ça ferme. Je ne sais pas comment je vais faire : peut-être je demanderais à mon beau-fils de m’emmener faire les courses avec sa voiture… » Ce lundi, une poignée de militants de la CGT Carrefour se sont rassemblés devant ce magasin du 14e arrondissement menacé de fermeture, comme 242 autres ex-Dia en France.

Une clientèle de personnes âgées

« Que vont devenir ces employés ?, s’inquiète Marie-José. Moi, je les trouve sympathiques, je vais les voir souvent. J’aime trop Nicolas, le caissier. Il n’y a pas assez de chômage en France ? » « Moi, ça va, je suis jeune, en CDD, je vais retrouver, mais on a ici des pères de famille, témoigne Ben, un employé de 21 ans. Ça va être difficile pour eux. Je pense aussi aux clients, ce sont des personnes âgées, elles ont leurs habitudes, c’est un commerce de proximité. »

« Je pense à mes parents, qui sont âgés de 64 et 78 ans, explique Youssef, un client de 38 ans. Ils ont de l’hypertension, du diabète, ne peuvent pas marcher… Vous voulez qu’ils marchent jusqu’au Carrefour Merlan, avec la queue qu’il y a là-bas ? » Un second magasin Carrefour, plus grand, est en effet situé à environ un kilomètre de là.

« C’est là qu’on se dit : "tu savais que celui-là s’était fait tuer ?" »

Il faut dire que les commerces se font rares dans cette cité des quartiers nord de Marseille. « Avant, aux Flamants, il y avait un tabac, une épicerie, une boulangerie, se souvient Linda. Maintenant, avec la restructuration, il n’y a presque rien. » « Cette supérette est devenue un point de rencontre : comme il n’y a plus de commerces dans ce quartier, on est bien isolé, abonde Marie-José. On y croise les voisins. C’est là qu’on se dit : "tu savais que celui-là s’était fait tuer ?" »

Dans la boulangerie qui jouxte le magasin, le propriétaire ne cache pas son inquiétude. « Mes clients sont ceux de ce commerce, ils viennent acheter du pain, des viennoiseries en passant faire leurs courses, soupire-t-il. J’ai investi 150.000 euros dans ce commerce en 2011, il me reste encore un an à rembourser. Mais je crois en mon destin, je ne vais pas baisser les bras. »

« C’est la seule boulangerie du coin, et il est super sympa, on ira toujours chez lui », rassure Ayette, habitante des Flamants de longue date. Pour elle, la fermeture de ce site est logique. « C’est devenu trop cher depuis que c’est Carrefour. On est aux Flamants ici ! Ils ont cru qu’on habitait les villas de Dromel ou quoi ? Nous, ce qu’on veut, écrivez-le, c’est un Lidl, Lidl, c’est la planque ! » En France, seuls 29 magasins ex-Dia sur 243 ont toutefois trouvé un repreneur.