«Consultation citoyenne» sur les retraites: Quels changements à venir avec un système à points?

FINANCES Les Français sont appelés à donner leur avis sur la future réforme des retraites…

Nicolas Raffin

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Une retraitée dans la Sarthe (Illustration).
Une retraitée dans la Sarthe (Illustration). — GILE MICHEL/SIPA
  • Emmanuel Macron a promis un système « universel » des retraites.
  • Le système à points est présenté comme étant plus « juste ».
  • Des ajustements restent cependant à trouver pour les travailleurs précaires et les métiers pénibles.

Fidèle à une méthode déjà éprouvée, le gouvernement a lancé ce jeudi une nouvelle « concertation » sur un sujet sensible : la réforme des retraites. Jusqu’à fin octobre, les Français sont invités à donner leur avis sur internet, ou dans le cadre d’« ateliers participatifs » qui seront organisés dans plusieurs régions. L’exécutif entend montrer qu’il est à l’écoute pour cette réforme d’ampleur dont l’adoption est prévue en 2019, et dont la mise en œuvre devrait s’étaler sur une dizaine d’années.

Dans sa campagne, Emmanuel Macron avait en effet promis « un système universel de retraites, où un euro cotisé donne les mêmes droits ». L’exécutif prévoit donc de passer, à terme, à une retraite « par points ». Avec ce dispositif, qu’est-ce qui va changer (ou rester en l’état) pour les actifs et les retraités ?

Ce qui change

Un nouveau mode de calcul des retraites. Jusqu’à présent, la pension des retraités était calculée, pour les salariés du privé, en faisant la moyenne des 25 « meilleures » années, et pour les fonctionnaires, sur la moyenne des six derniers mois avant le départ à la retraite.

Avec le système à points, fini les moyennes. Chaque travailleur (salarié, fonctionnaire, indépendant) accumulera un certain nombre de points tout au long de sa carrière, en fonction des cotisations qu’il verse. A son départ à la retraite, la « valeur » du point permettra de connaître le montant de sa pension.

Par exemple, si un point vaut 1,30 euro, un travailleur qui part à la retraite avec 200.000 points aura un capital de 230.000 euros, ce qui équivaut à une pension de 1.080 euros mensuels pendant 20 ans.

A la clé, une meilleure lisibilité des droits. « C'est plus simple d’avoir un relevé de son régime de retraite où vous voyez tout de suite combien de points vous avez et combien ils valent, explique Claire El Moudden, professeur à l’IUP Banque-Assurance de Caen. Aujourd'hui, quand on reçoit les relevés de caisses de retraite, c'est difficile d'y comprendre quelque chose, surtout si vous avez plusieurs retraites ».

La quasi-disparition des régimes spéciaux. Actuellement, il existe 42 régimes spéciaux de retraites (SNCF, RATP, Banque de France, etc.) qui ont chacun leurs propres règles en matière de calcul des pensions. Dans un souci d’équité, Emmanuel Macron entendait regrouper les trois grands régimes : « Fonctionnaires, salariés, indépendants auront tous les mêmes droits » affirmait le candidat Macron dans son programme.

Pourtant dans un entretien accordé jeudi au Parisien, le haut-commissaire chargé du pilotage de la réforme, Jean-Paul Delevoye, a introduit une légère nuance à la promesse présidentielle : « On va regarder (…) quelles sont les spécificités qu’il est justifié de maintenir, comme pour les militaires ou pour les régimes des indépendants ».

Ce qui reste à éclaircir

L’âge de départ à la retraite. Actuellement, cet âge est fixé à 62 ans. Mais avec le nouveau système de points, cette notion aura moins d’importance : chaque actif pourra décider de travailler plus longtemps et d’avoir plus de points (et donc une plus grosse retraite), ou à l’inverse, partir à la retraite plus tôt, avec une faible pension. « En Suède, la réforme des retraites a décalé l'âge de départ des actifs. Les gens travaillent plus pour avoir une meilleure retraite » rappelle Claire El Moudden. 

De son côté, Jean-Paul Delevoye milite pour conserver le seuil minimum de 62 ans, « pour éviter que cela ne pèse sur la solidarité nationale ». En effet, une vague massive de départs anticipés à la retraite pourrait créer un déséquilibre sur les ressources du système, avec beaucoup moins de cotisations perçues et beaucoup plus de pensions à verser d’un coup. 

La prise en compte des travailleurs précaires, et de la pénibilité. Pour Gérard Cornilleau, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la retraite à points est loin d’être égalitaire. « L’avantage du système actuel, c’est qu’il permet de récompenser les carrières ascendantes. Si vous avez commencé en bas de l’échelle, vous n’êtes pas pénalisés parce que seules les dernières années sont prises en compte. Au contraire, dans un système à points, il faut tout de suite commencer le plus haut possible pour accumuler beaucoup de points. Le système à points favorise la méritocratie scolaire, mais pas la méritocratie sociale ».

L’autre question soulevée par la réforme est celle de la pénibilité. Par exemple, un employé de bureau et un ouvrier du BTP sont loin d’avoir les mêmes conditions de travail. Pourtant, s’ils ont le même salaire, ils auront la même retraite dans un système à points. Afin de ne pas pénaliser les métiers les plus usants, « il n’est pas absurde d’envisager des « points bonifiés » pour prendre en compte la pénibilité » avance Gérard Cornilleau.

Ce qui ne change pas

La solidarité intergénérationnelle n’est pas remise en cause. Comme dans le système actuel, les cotisations des actifs seront toujours obligatoires et financeront les pensions des retraités. En outre, le gouvernement n’envisage pas de passer à un système de retraite par capitalisation (chacun épargne pour soi-même), sauf peut-être en partie pour les très hauts salaires.

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