Paca: Comment la Provence s'organise pour ne pas se faire sucrer le marché de la fraise

AGRICULTURE Les producteurs de fraise provençaux doivent faire face à la concurrence des fraises espagnoles, bien moins chères…

Mathilde Ceilles

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Cueillette des fraises
Cueillette des fraises — Floreal Hernandez
  • L’Espagne est le premier producteur de fraises en Europe.
  • Pour faire face à la concurrence espagnole, les producteurs provençaux misent sur la qualité.

Il suffit de se balader dans un supermarché pour s’en apercevoir : d’importants écarts de prix existent entre les fraises de Paca, où sont produites un tiers des fraises françaises en plein air, et celles, beaucoup moins chères, d’Espagne. Ce pays reste en effet le premier producteur d’Europe, avec près de 30 % des parts de marché en 2016.

En 2017, la France a importé 73.100 tonnes de fraises, selon les statistiques du ministère de l’Agriculture. Environ 75 % de ces fraises provenaient d’Espagne selon cette même source. Alors, les producteurs provençaux s’organisent pour faire face à cette concurrence. Avec une stratégie : miser sur la qualité pour obtenir une juste rémunération.

La fraise de Carpentras, marque déposée

Ainsi, l’appellation « fraise de Carpentras » est devenue en octobre 2016 une marque déposée à ’institut national de la propriété industriel (Inpi). Portée par la confrérie de la fraise de Carpentras, cette initiative contraint les producteurs à n’utiliser ce label que si la fraise est produite et conditionnée dans le Vaucluse.

« Avec cette marque, il y a un emballage différent, c’est une vitrine, se réjouit le président de la confrérie Dominique Begnis. Il y a une grosse demande, notamment sur Paris, et les prix ont suivi depuis le dépôt à l’Ipni. Une fraise d’Espagne est vendue 1,90 euro/kg, contre 4,70 une Française, et 7 celle de Carpentras ! »

Un projet de label Rouge

Mais la confrérie veut aller plus loin. « Nous sommes en train de travailler avec l’appui de la chambre d’agriculture pour obtenir le label Rouge », confie Dominique Begnis. Le président de la confrérie espère ainsi « protéger la production dans le Vaucluse afin d’empêcher les autres produits de la concurrence ». De quoi « aider les producteurs à arriver à vivre de leurs fraises. »

Une aspiration qui n’est pas sans rappeler l’initiative d’une autre productrice de fraises en Provence, Camille Poulet. Basée à Saint-Rémy-de-Provence, la jeune femme est devenue en avril la première productrice de fraises labellisée « C’est qui le patron ». Cette marque, connue notamment pour son lait équitable, a décliné à la fraise son principe de juste rémunération et de cahiers des charges strictes choisies par les consommateurs.

Sa fraise est ainsi vendue 4,35 euros la barquette de 250 g. Mais c’est la démarche qui a séduit Camille Poulet. « Cela fait une différence avec la concurrence, explique-t-elle. Le produit est très identifié, et le consommateur a certains gages qualitatifs. On ne peut pas comparer cette fraise avec les espagnoles ! » Près de 16.561 tonnes de fraises ont été produites dans le sud-est de la France (Paca et Rhône-Alpes) depuis le début de l’année. La production 2018 est estimée à 7.880 tonnes en Paca, selon la direction régionale de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt.