Grève SNCF: A Paris, les cheminots cherchent leur second souffle face à un gouvernement inflexible

REPORTAGE Certains grévistes appellent à « durcir » encore le mouvement…

Nicolas Raffin

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Des cheminots défilent contre la réforme ferroviaire le 14 mai à Paris.
Des cheminots défilent contre la réforme ferroviaire le 14 mai à Paris. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Quelques centaines de cheminots ont défilé ce lundi à Paris contre la réforme ferroviaire.
  • Beaucoup approuvent le principe de la consultation lancée cette semaine.
  • Les cheminots appellent à manifester avec la fonction publique le 22 mai.

Le sursaut de mobilisation des cheminots contre la réforme ferroviaire n’était pas forcément visible dans la rue ce lundi. Alors que 27,5 % des agents SNCF étaient en grève (quasiment deux fois plus que la semaine dernière), le cortège parisien qui a défilé de gare de l’Est à République, a rassemblé seulement quelques centaines de personnes.

« On est un peu déçu parce qu’on voudrait que tous les salariés de l’entreprise soient dans la rue, reconnaît Jean-François, cheminot depuis 34 ans. Tout le monde devrait se bouger, mais certains sont coincés, parce qu’ils ont des crédits à rembourser. » L’aspect financier de la mobilisation – les jours de grève n’étant pas payés – joue évidemment : « Tenir un mouvement pendant trois mois, ce n’est pas évident », poursuit Sandra, agent de circulation. Elle essaye de faire grève « au moins deux jours par mois ».

« Le gouvernement ne pourra pas réformer une entreprise contre ses salariés »

Malgré ces blocages majoritairement financiers, les cheminots rencontrés dans le cortège affichent aussi leur détermination. Beaucoup saluent l’idée de la grande consultation lancée ce lundi par les syndicats, qui invitent les salariés de la SNCF à voter pour ou contre le projet de réforme. « Si ça peut conduire au même résultat qu’à Air France [le PDG Jean-Marc Janaillac qui avait lancé un vote, a démissionné après avoir été désavoué par les salariés], ce sera une petite victoire » s’enthousiasme Romain.

« Si demain, 80 % des agents sont contre la réforme ferroviaire, cela viendra conforter notre action, affirme Gilles, qui travaille à la gare du Nord. Le gouvernement ne pourra pas réformer une entreprise contre ses salariés ». Une manière de défier Guillaume Pépy : le patron de la SNCF estimait en effet il y a quelques jours que ce « vote action » n’avait « aucune » légitimité.

Nouvelle manifestation le 22 mai

Pour Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux, « cette arme de la consultation est à double tranchant. D’un côté, elle sous-entend que les syndicats ne sont pas aussi représentatifs qu’ils le prétendent, et qu’ils sont obligés d’y avoir recours. De l’autre, c’est une manière de relancer le mouvement et de lui donner une nouvelle légitimité, en montrant qu’il est aussi soutenu par les non-grévistes ».

En attendant le résultat de la consultation, la réforme de la SNCF poursuit sa route. Déjà adopté par l’Assemblée nationale, le texte de la réforme sera discuté au Sénat à partir du 23 mai. D’ici là, le Premier ministre Edouard Philippe devrait en dire un peu plus sur la reprise de la dette de la SNCF, un point sur lequel l’exécutif est resté très flou jusqu’à présent.

Une manière de rassurer les syndicats et peut-être de les amadouer, juste avant la manifestation de la fonction publique prévue le 22 mai, une manifestation à laquelle les cheminots ont prévu de se greffer. Pour les manifestants présents ce lundi, il est en tout cas hors de question de lâcher l’affaire. « Je pense même qu’à un moment donné il faudra durcir les choses, empêcher tous les trains de rouler » conclut Jean-François.

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