Nicolas Bouzou: «C’est le creux de la vague, le moment d’acheter en bourse»

Propos recueillis par Vincent Glad

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Un homme suit les cours de la Bourse à la jumelle, dans la province du Hubei, en Chine, le 28 mars 2008.
Un homme suit les cours de la Bourse à la jumelle, dans la province du Hubei, en Chine, le 28 mars 2008. — REUTERS/Stringer

Les marchés financiers commencent à souffler, le pire est derrière eux. Avec le sauvetage in extremis de la banque Bear Stearns par la Réserve fédérale américaine (Fed) le 17 mars, la crise des «subprime» avait atteint son point critique. Depuis, la bourse remonte doucement et la confiance renaît.

Alors que la Banque d’Angleterre vient d’imiter la Fed en injectant 60 milliards d’euros dans les banques anglaises pour qu’elles refluent la crise, Nicolas Bouzou, économiste en chef chez Asteres, fait le point sur la situation pour 20minutes.fr.

Le plan de 60 milliards d’euros annoncé par la Banque d’Angleterre va t-il rassurer la City?

Oui, indéniablement. Le signal est clair: malgré les problèmes, la Banque d’Angleterre ne laissera pas tomber les banques, même s’il faut recourir à des méthodes peu orthodoxes comme celle choisie qui permet aux banques d’échanger leurs prêts immobiliers contre des obligations d’état beaucoup plus sûres. A court terme, cela rassure les banques qui vont continuer à se prêter de l’argent entre elles et ainsi alimenter la machine économique. A long terme, c’est plus dangereux, cela incite les banques à prendre plus de risques puisqu’elles ont la caution de la Banque d’Angleterre. C’est comme les antibiotiques: sur le moment, on soigne le mal mais cela rend les germes plus résistants.

C’est la confirmation que les pouvoirs publics ne laisseront jamais tomber une grande banque…
Le système bancaire est le nœud du capitalisme, c’est lui qui finance la consommation des ménages et les investissements des entreprises. L’Etat peut laisser de grandes entreprises faire faillite – on l’a vu avec Enron aux Etats-Unis -, par contre, les pouvoirs publics ne peuvent laisser couler une banque car elles sont toutes liées entre elle et que cela peut créer une crise du système dans son ensemble. A cela, rien de nouveau: souvenez-vous du Crédit Lyonnais en France…

Depuis le sauvetage de la Bear Stearn, les marchés financiers semblent aller mieux…
Le gros de la crise bancaire est passé. Maintenant, les pouvoirs publics américains se concentrent sur les autres acteurs financiers qui pourraient être touchés à leur tour: les fonds de pension, les hedge funds et certaines compagnies d’assurance. C’est en tout cas le moment d’acheter en bourse pour ceux qui ont les reins solides, on est au creux de la vague, les valeurs boursières ne peuvent pas tomber beaucoup plus bas.

Si les banques sont en convalescence, pourquoi l’«économie réelle» est-elle à l’agonie?
Dans une crise bancaire, la transmission à l’économie réelle est la queue de la comète, cela arrive après les difficultés financières et annonce la fin de la crise. On est en plein dedans aux Etats-Unis, l’Europe devrait entrer en période de grandes difficultés économiques dans trois mois.