Grève à Air France: «Le salarié est éternellement pointé du doigt»

VOUS TÉMOIGNEZ Les employés de la compagnie sont divisés sur la pertinence du mouvement social, alors que deux nouveaux jours de grève sont prévus ces lundi et mardi…

Nicolas Raffin

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Des avions d'Air France garés à Roissy. (Illustration).
Des avions d'Air France garés à Roissy. (Illustration). — Christophe Ena/AP/SIPA
  • Deux jours de grève sont prévus les 23 et 24 avril à Air France.
  • Les négociations sur les salaires sont bloquées depuis des mois.
  • Les salariés sont partagés entre le risque pour la compagnie et la volonté de partager les bons résultats de l’entreprise.

Dans le conflit qui dure à Air France, les chiffres sont utilisés comme une arme. Alors que l’intersyndicale a prévu deux nouveaux jours de grève lundi 23 et mardi 24 avril – onze au total depuis février —, la direction, qui affirme que 75 % des vols seront assurés lundi, estime que le mouvement a déjà coûté 220 millions d’euros à l’entreprise. Ironie de l’histoire : cette somme est finalement assez proche de l’enveloppe totale réclamée pour augmenter les salaires en 2018, à savoir 240 millions d’euros.

« Chaque jour de grève supplémentaire dégrade encore la situation économique » de la compagnie appuie la direction dans une déclaration transmise jeudi à l’AFP. Pour tenter de sortir du conflit, le PDG Jean-Marc Janaillac a d’ailleurs annoncé vendredi qu’il allait consulter l’ensemble des salariés sur la proposition salariale. La direction met sur la table 2 % d’augmentation générale en 2018 (7 % sur quatre ans), les syndicats réclament 5 % cette année. Au vu des témoignages recueillis par 20 Minutes, les avis apparaissent déjà très tranchés au sein du personnel de la compagnie aérienne.

« Se mettre en grève va faire fuir les futurs clients »

Plusieurs salariés font en effet état d’une inquiétude face au mouvement social. « Je trouve que cette grève dure depuis trop longtemps, juge Thomas*. Il est temps de l’arrêter avant d’avoir un plan de restructuration et de nombreuses coupes budgétaires ».

Même avis pour Romain, commercial depuis plus de 20 ans chez Air France. « Se mettre en grève va faire fuir les futurs clients, estime-t-il. En ce moment, ils sont tous en train de réserver leurs vacances d’été, période qui tire les chiffres de toutes les compagnies vers le haut ». Pour lui, les onze syndicats qui refusent l’accord de la direction sont enfermés dans une vision « court-termiste ».

Son avis fait écho à la position de la CFDT, l’une des deux seules organisations à avoir signé l’accord proposé par la direction. Dans un communiqué intitulé « Prendre le risque de l’intelligence ? » et publié mercredi, le syndicat estime qu’il y a « urgence à sortir de la logique perdant/perdant et de l’influence mortifère de deux ou trois ego surdimensionnés qui amènent tout le monde dans le mur. »

« Je me suis montré coopératif »

Mais à l’intérieur de l’entreprise, tout le monde n’est pas du même avis. Selim est « pistard » depuis dix ans. Il s’occupe notamment de charger et décharger les soutes à bagages des avions pour un salaire de 1.500 euros nets par mois. « Je me suis montré coopératif lorsque mon entreprise a connu des soucis, raconte-t-il. Nous avons cédé des jours de congés et subi un gel des salaires pendant des années. Le salarié est éternellement pointé du doigt, et une fois de plus, on voudrait le faire culpabiliser pour ces malheureux 5 % d’augmentation ». Selim fait référence aux plans de restructurations successifs Transform (2012) et Perform (2014), qui prévoyaient notamment des départs volontaires.

Aurélie est plus partagée. « On travaille tous dans la même boîte et je trouverais cela normal que l’on soit tous récompensés de la même manière, explique-t-elle. Bien sûr on pourrait avoir plus mais moi je me dis que [2 % d’augmentation] c’est déjà ça ! ». Pour le PDG d’Air France, Jean-Marc Janaillac, la consultation des salariés – sans valeur légale – sera à quitte ou double : « Si le résultat est négatif, je ne vois pas comment je pourrais rester à la tête d’Air France » a-t-il expliqué vendredi.