Benoit Simian: «L'urgence pour la SNCF, c'est un nouveau modèle économique viable»

INTERVIEW Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances, revient pour « 20 Minutes » sur l’adoption cette semaine du projet de loi « pour un nouveau pacte ferroviaire »…

Mickaël Bosredon

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Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances.
Le député LREM Benoit Simian, rapporteur du budget Transports à la commission des Finances. — B.Simian
  • Le député du Médoc insiste sur la rationalisation du modèle économique de la SNCF afin de la remettre sur les rails.
  • Il estime que la réforme va permettre à l’entreprise de se préparer à l’ouverture à la concurrence, tout en la protégeant.
  • Il en appelle maintenant à la « responsabilité » des syndicats pour faire cesser une grève aux conséquences économiques « impressionnantes ».

L’Assemblée nationale a très largement adopté mardi en première lecture, par 454 voix contre 80, le projet de loi « pour un nouveau pacte ferroviaire », alors que la grève à la SNCF se poursuit. Interview du député LREM de la 5°circonscription de la Gironde, et ex-cheminot, Benoit Simian.

Vous insistez sur le fait que cette réforme est une « question de survie » pour la SNCF. Pourquoi ?

Parce que nous avons un modèle ferroviaire à bout de souffle. Le modèle économique de la SNCF ne tourne plus puisqu’il est générateur de trois milliards d’euros de dette par an. Environ 1,5 milliard d’euros sont liés à des frais structurels et 1,5 milliard lié aux intérêts d’emprunt, soit la dette que l’on paye qui se chiffre aujourd’hui à 47 milliards d’euros.

Sur les frais structurels, environ 50 % sont dus aux choix politiques des dernières années que l’on a fait porter à SNCF Réseau, et l’autre moitié ce sont des frais dus au manque de compétitivité de l’entreprise et à sa gouvernance : le statut, l’organisation du temps de travail, la polyvalence…. L’urgence, c’est un nouveau modèle économique viable, car quelle entreprise peut générer trois milliards de dette par an ?

Le deuxième point c’est l’ouverture à la concurrence. Il y en a qui ne veulent pas entendre parler de concurrence, mais la SNCF aujourd’hui est ravie d’aller conquérir des marchés à l’international, ce qui génère 20 % de son chiffre d’affaires. Il faut de la réciprocité entre les Etats. »

Mais je ne voudrais pas que les Allemands arrivent en France et que l’entreprise ne soit pas prête. Car la réalité c’est que nous sommes 30 % plus cher que les Allemands et les Italiens dans notre fonctionnement.

Quels sont les points principaux de cette réforme qui permettraient de remettre la SNCF sur les rails ?

Il y a trois points dans ce nouveau pacte ferroviaire. Il y a d’abord la reprise de la dette. L’Etat dit, et c’est inédit : « on reprend la dette pour assainir ». Mais pour cela il faut que le modèle soit rationalisé : on ne va pas reprendre la dette et laisser le système générer 1,5 milliard de dettes lié aux frais structurels.

Il y a eu une réforme intelligente mise en place car elle ne touche pas aux droits acquis des cheminots. Là on dit qu’on arrête d’embaucher au statut, et à partir du 1er janvier 2020. En termes de garantie on ne peut mieux faire. »

Sur l'ouverture à la concurrence, la ministre des Transports a dit pour les TER qu’on laisserait le choix aux régions de leur modèle à partir de 2023, d’aller ou pas sur un système d’ouverture à la concurrence. Sur les lignes nationales, nous aurions pu choisir un modèle de franchise, mais nous avons souhaité un modèle d’open access. Tout cela laisse apparaître la volonté de rassurer l’opérateur historique pour qu’il reste leader en France.

Les régions risquent toutefois de se précipiter vers la possibilité qui leur est offerte de procéder à un appel d’offres pour mettre la SNCF en concurrence ?

Le problème de la SNCF c’est l’opacité, et il faut que cela cesse. Et si nous n’étions pas dans une situation monopolistique, cela n’existerait pas.

Des syndicats soulignent « une absence de décision claire » concernant la reprise de la dette. Vous pouvez les éclairer ?

Nous avons eu une audition en commission des Finances à l’Assemblée nationale mercredi matin. Nous avons auditionné le PDG de SNCF Réseau, la directrice générale du Trésor, la directrice générale du Budget et le commissaire aux Participations de l’Etat. Je peux vous dire que depuis que le président de la République a annoncé la date du 1er janvier 2020, ils sont au travail pour trouver les meilleures modalités, parce qu’on ne reprend pas 47 milliards comme ça. Il ne s’agirait pas que l’on repasse dans le rouge parce qu’on reprend cette dette. Il faut laisser les services de Bercy travailler.

La plupart des syndicats dénoncent un passage en force sur cette réforme, estiment qu’il n’y a pas eu de négociations…

Dès le mois de janvier, la ministre a réuni les organisations syndicales autour de tables rondes. Et alors que la concertation n’avait pas commencé, les syndicats parlaient déjà de grève, et cela n’est pas acceptable. A l’automne, il y avait eu les assises de la mobilité qui ont aussi réuni les syndicats, puis le rapport Duron et le rapport Spinetta. Ensuite quand le Premier ministre a choisi le dispositif par ordonnance, c’était justement pour pouvoir continuer la concertation et enrichir le texte au fil de l’eau. En revanche, il y avait des points non négociables. Pour le reste, au Parlement, des amendements ont été adoptés : 45 sur 300 déposés.

En revanche, j’invite d’urgence les cheminots à aller négocier l’accord de branche, pour que le « sac à dos social » soit le plus protecteur possible pour eux.

Comment pensez-vous que cette grève va évoluer ?

Les usagers sont pris en otage. Je pense aussi aux entreprises qui sont en difficulté, comme certaines entreprises ferroviaires, et les conséquences touristiques commencent à se faire sentir. Et enfin davantage de grève, c’est davantage de dette. Le coût de la grève, c’est 20 millions d’euros par jour, et les conséquences sur l’économie sont impressionnantes.

Donc j’en appelle aux responsabilités maintenant. Ce sont les politiques qui font la politique publique dans ce pays, pas les syndicats. »