Dette de la SNCF: Un gouffre et beaucoup de questions

TRANSPORTS Le gouvernement entretient le flou sur le montant qui sera repris...

Nicolas Raffin

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Les cheminots manifestent à Lyon le 13 avril 2018.
Les cheminots manifestent à Lyon le 13 avril 2018. — KONRAD K./SIPA
  • La dette de SNCF Réseau s'élève à plus de 46 milliards d'euros. 
  • La plus grande partie de cette dette vient d'investissements décidés directement par l'Etat. 
  • Emmanuel Macron s'est engagé à une reprise partielle de cette dette. 

C’est un véritable boulet que traîne la SNCF depuis des années : la dette de SNCF Réseau, redevenue un sujet de discussion à l’occasion de la réforme ferroviaire. Un gouffre de 46,6 milliards d’euros, qui se creuse à vue d’œil.

« Aujourd’hui la dette augmente de 3 milliards d’euros par an (…) c’est une menace pour le système ferroviaire » reconnaissait fin mars la ministre des Transports Elisabeth Borne, dans une interview accordée à 20 Minutes. Pour vous permettre d’y voir plus clair, on vous a résumé les trois questions les plus importantes.

D’où vient cette dette ?

La réponse tient en grande partie en trois lettres : TGV. « Dans les années 1980, le développement de la grande vitesse a conduit à un endettement massif de la SNCF, rappelle Léo Charles, maître de conférences en Economie à l'université Rennes-2, et membre des Économistes atterrés (classés à gauche). Puis au fur et à mesure de la construction des nouvelles lignes LGV, les dépenses sont devenues de plus en plus massives ».

A titre d’exemple, le coût de construction d’un seul kilomètre de ligne à grande vitesse varie de 5 millions (pour la ligne Paris-Lyon) à 19,7 millions d’euros (LGV Méditerranée). Aujourd’hui, ces lourds investissements – décidés par l’État – représentent environ les deux tiers de la dette de SNCF Réseau. Les efforts financiers engagés depuis quelques années pour rénover le réseau ont aussi gonflé l’addition.

Pourquoi est-il urgent de s’en occuper aujourd’hui ?

Parce que le gouvernement, et beaucoup d'économistes, la jugent « insoutenable ». Mais aussi parce que l'exécutif veut transformer le statut de la SNCF. La mesure, déjà approuvée par l’Assemblée nationale, transformera l’« Epic » existant (Établissement public à caractère industriel et commercial) en société anonyme (SA) à capitaux publics.

« Aujourd’hui, la SNCF peut emprunter à des taux modérés parce que l’État la soutient, souligne Léo Charles. Mais quand vous avez le statut de SA, si vous gardez une dette aussi importante, les marchés vous prêteront à des taux moins avantageux, voire ne vous prêteront plus du tout. » Pour cet économiste, qui a récemment publié une note critique sur le projet ferroviaire du gouvernement, « il est important d’assainir la SNCF, mais il ne faut pas nécessairement passer par un changement de statut. »

Quel est le plan du gouvernement ?

Pour l’instant, l’exécutif entretient sur le flou sur cette question. Edouard Philippe et Elisabeth Borne tiennent le même discours : le gouvernement prendra ses « responsabilités » sur la dette une fois que la SNCF aura défini une nouvelle trajectoire financière, pour amener ses comptes à l’équilibre. Seule précision, apportée par le chef de l’État lors de son interview dimanche : « A partir du 1er janvier 2020, l'Etat reprendra progressivement de la dette ». 

Cette prudence peut s’expliquer facilement. La reprise - même partielle - de la dette SNCF, viendra mécaniquement gonfler la dette et le déficit public. Par exemple, si l’État décidait de reprendre 30 milliards d’euros, le déficit gonflerait d’1,5 point de PIB, ce qui le ferait repasser au-dessus de la fameuse barre des 3 % imposée par Bruxelles. Un dépassement dont Paris se passerait volontiers, alors que la France vient tout juste de revenir sous ce seuil en 2017, et qu’Emmanuel Macron s’est publiquement engagé à réduire le déficit public.