Grève SNCF: Le fret ferroviaire a-t-il encore un avenir?

RAIL La France accuse un fort retard par rapport à l’Allemagne ou la Suisse…

Nicolas Raffin

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Un train fret de la SNCF à Bordeaux (Illustration).
Un train fret de la SNCF à Bordeaux (Illustration). — UGO AMEZ/SIPA
  • Le fret ferroviaire est lui aussi touché par la grève de la SNCF.
  • Le secteur est encore fragile économiquement.
  • Les gouvernements successifs ont multiplié les politiques contradictoires.

La grève à la SNCF, qui se poursuit depuis début avril, ne touche pas que les voyageurs. Le transport de marchandises par voie ferrée, ou fret ferroviaire, subit lui aussi les conséquences d’un mouvement social qui s’installe dans la durée. Or, le secteur est loin d’être florissant : en 2016, moins de 10 % des marchandises étaient transportées par le rail en France, deux fois moins que dans les années 1990 (voir graphique ci-dessous).

Répartition du mode de transports des marchandises en France (1990-2016).
Répartition du mode de transports des marchandises en France (1990-2016). - Ministère de la Transition écologique

« Le fret (…) a trouvé son modèle économique. Mais ce modèle est fragile. Il va être difficile de combler le manque à gagner si la grève se prolonge » affirme dans l’Usine Nouvelle Franck Tuffereau, délégué général de l’Afra (Association française du rail, qui regroupe plusieurs concurrents de la SNCF).

« Deux jours de grève représentent l’équivalent d’une semaine d’activité perdue »

D’autant plus que le principal opérateur de fret en France appartient à la SNCF (baptisé Fret SNCF). Et avec un endettement de 4 milliards d’euros et des pertes qui s’accumulent année après année (314 millions d’euros en 2016, 120 millions d’euros en 2017), la situation n’est déjà pas au beau fixe.

Le 16 avril, la SNCF a d'ailleurs annoncé son intention de transformer Fret SNCF en filiale du groupe d'ici 2020. Cette opération doit permettre « d'isoler » cette activité (et les résultats financiers) du reste du groupe, tout en laissant la porte ouverte à une recapitalisation. Certains syndicats y voient aussi le début d'un démantèlement du service public ferroviaire, la CGT parlant même d'une « nouvelle provocation ». 

Le fret en forme en Allemagne 

Le mouvement social en cours pourrait donc aggraver la situation. « La grève des cheminots (…) va se traduire par une impossibilité des opérateurs de fret ferroviaire de faire circuler les trains prévus, désorganisant ainsi la logistique des chargeurs (…) Deux jours de grève représentent pour les acteurs du secteur l’équivalent d’une semaine d’activité perdue » souligne l’Afra.

Pourtant, certains pays s’en sortent beaucoup mieux : en Suisse, le ferroviaire représente 40 % du transport de marchandises. En Allemagne, c’est environ 23 %. Comment expliquer le retard de la France sur le sujet ? En 2016, une analyse de France Inter donnait quelques réponses : système de réservation des wagons « plus rigide » qu’en Allemagne, coût plus élevé qu’une livraison par la route, et multiplication des travaux de nuit sur les voies qui freinent la circulation des trains de marchandises.

Les contradictions de l’État

À cela s’ajoutent des faiblesses au niveau politique. « La politique de l’État en faveur du fret ferroviaire comporte des contradictions » relevait la Cour des comptes en septembre 2017.

Dans le même rapport, les Sages constataient que malgré un discours très volontariste sur le sujet, les actes ne suivaient pas : ainsi, l’abandon de l’écotaxe fin 2014 n’avait, à l’époque, pas incité les entreprises à délaisser la route. Malgré la promesse d’un nouveau plan de relance pour le fret ferroviaire, la grève qui dure à la SNCF ne devrait pas les faire changer d’avis.