Bretagne: Pourquoi le volailler mettait-il de l’eau dans ses poulets congelés ?

AGROALIMENTAIRE Le groupe breton devra rembourser 82 millions d’euros d’aides à l’export...

C.A.

— 

Un poulet soulevé par un salarié du volailler Doux. Ici lors d'une manifestation devant le tribunal de Quimper en 2012.
Un poulet soulevé par un salarié du volailler Doux. Ici lors d'une manifestation devant le tribunal de Quimper en 2012. — Fred Tanneau / AFP
  • Le volailler Doux a été condamné à rembourser 82 millions d’euros d’aides à l’export.
  • Ses poulets contenaient trop d’eau selon les douanes.
  • L’eau proviendrait en fait d’une méthode de congélation propre à l’export vers les pays arabes.
  • Certains éleveurs accusent Doux d’avoir alourdi ses poulets pour toucher plus de subventions.

Les actionnaires le savaient. Le grand public beaucoup moins. Mercredi soir, le tribunal administratif de Rennes a condamné Doux à rembourser les aides à l’export qu’il avait touchées de 2010 à 2012 pour vendre ses poulets en Russie et en Arabie Saoudite. Le motif ? La viande proposée par le groupe volailler breton contenait une trop forte proportion d’eau… Une erreur qui coûtera 82 millions d’euros à Doux, déjà placé en liquidation judiciaire. Scandale ou maladresse ? 20 Minutes vous explique.

Prélevés par la direction des douanes, les poulets ne respectaient pas les normes de qualité exigées par l’Europe. Comment peut-on trouver de l’eau dans du poulet ? « Cela vient du mode de congélation. Ces poulets étaient destinés au marché arabe. C’est une clientèle qui exige ce mode de congélation pour éviter que la peau ne soit sèche. Ils cuisent la volaille à l’étouffée, pas comme en Europe », explique Didier Goubil, président du groupe avicole à la chambre d’agriculture de Bretagne.

« Aucun client de Doux ne s’est plaint »

Une fois abattus et vidés, les poulets de Doux sont plongés dans un bain d’eau avant d’être congelés et exportés. Selon nos informations, le volailler breton touchait 20 euros de subventions par tonne de viande exportée. Peut-on imaginer que le groupe ait fraudé pour alourdir sa marchandise ? « Je ne pense pas car aucun client de Doux ne s’est plaint. Je ne vois pas comment on pourrait injecter de l’eau. Il n’y a personne avec une seringue qui gonfle les poulets », défend Didier Goubil.

« Je suis scandalisé »

La pilule a cependant du mal à passer auprès des éleveurs du volailler. « Je suis scandalisé. Doux bourrait ses poulets d’eau pour toucher plus de subventions. En tant qu’agriculteur, on fait de notre mieux pour garantir la qualité et la traçabilité et à la fin, il y a quelques types véreux qui font ce qu’ils veulent », dénonce un ancien éleveur de Doux.

Révélée en 2013, cette fraude aux subventions a eu le don de tirer la sonnette d’alarme du groupe agroalimentaire. Lors de sa reprise de Doux en 2015, la coopérative Terrena avait d’ailleurs insisté pour transformer cette production sous perfusion. « C’est tout le modèle économique qui générait les pertes. Les manières de consommer ont changé, il faut s’adapter », précise un porte-parole de la coopérative de Loire-Atlantique.

Placé en liquidation judiciaire, le groupe Doux a vu deux offres de reprises être formulées. L’une par le géant français LDC (Loué, Le Gaulois, Marie…), qui s’est allié avec le groupe saoudien Al-Munajem, premier client de Doux, et la coopérative Terrena, actuel propriétaire du volailler breton. L’autre a été émise par l’Ukrainien MHP. Le choix du tribunal de commerce devrait être connu le 18 mai.