Logement: Visale, la caution locative gratuite, cherche toujours à convaincre

IMMOBILIER Le dispositif devrait bientôt être accessible à un public plus large…

Nicolas Raffin
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NANTES, le 07/02/2014 Sur l'île de Nantes, le loyer médian est de 10.7€/m2
NANTES, le 07/02/2014 Sur l'île de Nantes, le loyer médian est de 10.7€/m2 — FABRICE ELSNER/20MINUTES
  • Le gouvernement a dévoilé ce mercredi son projet de loi pour dynamiser le logement. 
  • L'exécutif souhaite élargir le dispositif de caution Visale, accessible gratuitement. 
  • Le nombre de contrats garantis par cette caution est encore très faible. 

Le gouvernement va-t-il réussir à relancer Visale ? Sur le papier, le dispositif, créé fin 2015, est séduisant : il permet aux étudiants (exceptés ceux rattachés au foyer fiscal de leurs parents) et aux jeunes de moins de 30 ans – salariés ou non - de bénéficier d’une garantie locative gratuite. Concrètement, Visale joue le rôle d’un garant classique auprès du propriétaire pour couvrir les éventuels impayés du locataire.

Oui mais voilà : le dispositif piloté par Action logement [ex « 1 % logement »] ne couvrait que 35.000 contrats de locations début 2018. Loin de l’objectif initial de 81.000 contrats annuels. Plutôt décevant, mais la donne pourrait changer : la projet de loi sur le logement (ELAN) présenté ce mercredi en Conseil des ministres prévoit en effet d’étendre Visale à tous les étudiants, sans condition de ressources.

Réduire l’inégalité d’accès au logement

Par ailleurs, l’Apagl (Association pour l’accès aux garanties locatives), chargée du pilotage de Visale, négocie pour que cette garantie soit étendue à toute la durée du bail (pour l’instant, seules les trois premières années sont couvertes). « D’ici quelques semaines, une fois qu’un accord aura été trouvé avec l’État, tous les étudiants et alternants pourront avoir accès à Visale, quel que soit leur logement (parc social ou privé, colocation, résidence universitaire) » résume Lucie Cahn, directrice générale de l’Apagl, qui vise 100.000 contrats de location garantis en 2019.

Ces dispositions seront-elles suffisantes ? L’une des limites de la garantie Visale, c’est qu’elle ne convainc pas toujours les propriétaires-bailleurs. Dans un rapport parlementaire publié en 2017, les députés Daniel Goldberg et Jean-Marie Tétart se montraient très francs sur le sujet, évoquant une forme de « discrimination » dans l’accès au logement. En résumé, les étudiants (ou jeunes travailleurs) avec des parents aux revenus élevés se logent plus facilement que ceux qui sont obligés de recourir à Visale.

Remboursement rapide

« La caution parentale est perçue comme une caution morale, regrette Lucie Cahn. Or, ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on se comporte mal. Par ailleurs, la caution apportée par Visale est plus fiable qu’une caution parentale. Ainsi, dès qu’un propriétaire nous signale un impayé [à partir du second mois d’impayé, afin d’éviter les abus], nous le remboursons dans les deux semaines ».

« C’est un produit qui apporte un plus, abonde Benoit Fauchard, secrétaire général de la Fnaim. Le système est relativement simple, puisque tout se fait en ligne. Et en cas de problème, le bailleur peut avoir moins d’hésitation à demander le paiement des impayés à Visale qu’à une personne physique ».

« Ce qu’il faut d’abord régler, c’est le prix des loyers »

Reste que tout le monde ne chante pas les louanges du dispositif, en particulier la Confédération nationale du logement (CNL). « Un scandale se prépare avec Visale, lance Eddie Jacquemart, président de la CNL. Désormais, comme les éventuels dégâts faits par les locataires sont couverts par la garantie, les propriétaires vont en abuser pour refaire leurs appartements, et cela va coûter très cher ». Il ajoute : « Visale prend le problème du logement à l’envers. Ce qu’il faut d’abord régler, c’est le prix des loyers dans les zones tendues : c’est ça qui permettra de faciliter l’accès au logement ».

La CNL milite notamment pour le retour de l’encadrement des loyers. Le dispositif a été retoqué en 2017 à Paris et à Lille, les deux villes où il était testé. Dans les deux cas, le gouvernement a fait appel, afin d’obtenir son rétablissement.