Manifestation de cheminots: «Le gouvernement, que ce soit à la SNCF ou dans les universités, nous met tous en concurrence»

REPORTAGE Quelques dégradations ont eu lieu en marge de la manifestation organisée ce mardi...

Nicolas Raffin

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La manifestation s'est élancée de la gare de l'Est.
La manifestation s'est élancée de la gare de l'Est. — Nicolas Raffin/20 Minutes

La sirène d’un train retentit gare de l’Est à Paris. Enfin, presque : en réalité, le son provient d’un astucieux klaxon sur roues piloté par des manifestants FO-Cheminots. Avec d’autres syndicats de la SNCF (Sud-Rail, CGT), quelques milliers de personnes ont défilé ce mardi dans les rues de la capitale contre la réforme ferroviaire envisagée par le gouvernement.

« Le seul avantage qu’on a, c’est la sécurité de l’emploi via le statut [que le gouvernement veut supprimer pour les futurs cheminots nouvellement embauchés], estime Sylvain, chargé de la maintenance sur les voies ferrées depuis six ans. Grâce à ça, j’ai pu acheter une maison : j’étais mieux payé quand j’étais dans le privé, mais les banques trouvaient que ma situation n’était pas assez stable. »

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« La privatisation est déjà là »

Selon lui, la future convention collective - qui s’appliquera à terme à toutes les entreprises ferroviaires opérant en France après l’ouverture à la concurrence - n’est pas une garantie suffisante : « Si demain, la SNCF perd un appel d’offres là où je travaille et que je dois passer dans une entreprise privée, je serai protégé quelques mois. Mais après, si l’entreprise veut me mette dehors, elle me mettra dehors » lance Sylvain.

À côté de lui, Omar hoche la tête. « La privatisation est déjà là : on ne nous parle plus de sécurité, mais de performance. Et dans la maintenance, les cadences sont serrées car on fait rouler de plus en plus de trains ».

« Le gouvernement nous met en concurrence »

Mais les cheminots n’étaient pas seuls à manifester ce mardi. Quelques centaines d’étudiants se sont aussi joints au cortège. Outre les revendications spécifiques à leurs études - réforme du bac et de l'accès à l'université -, plusieurs manifestants mettent en avant une volonté d’agréger les luttes.

« Avec les cheminots, on se bat contre le même gouvernement, juge Sandro, doctorant à l’université de Jussieu. Se mettre ensemble permet d’augmenter le rapport de force ». « Le gouvernement, que ce soit à la SNCF ou dans les universités, nous met tous en concurrence », regrette Mina, qui étudie à Paris-V.

« Si Macron réussit à imposer son projet, plus personne ne s’opposera »

Le cortège mélangé a progressé à travers les rues étroites du 9e arrondissement. Quelques dégradations ont eu lieu au passage du cortège : vitrines d’abribus et de magasin brisées, banque vandalisée, poubelle brûlée. Vers 17h, les forces de l’ordre ont fini par nasser les manifestants avant l’arrivée prévue à la gare Saint-Lazare.

Si la mobilisation parisienne est restée plutôt modeste en nombre, loin des manifestations de 2016 par exemple, les manifestants voulaient tenir coûte que coûte. « On est tous le cheminot de quelqu’un, rappelle Sandro, reprenant la phrase d'Olivier Besancenot. La SNCF, c’est le secteur le plus organisé pour lutter. Si Macron réussit à imposer son projet, plus personne ne s’opposera ».