«Je souhaite que le mouvement de grève soit le moins pénalisant possible pour les voyageurs», espère Elisabeth Borne

INTERVIEW La ministre des Transports mise toujours sur le dialogue avec les syndicats de la SNCF…

Propos recueillis par Nicolas Raffin
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Elisabeth Borne, ministre des Transports, pendant l'inauguration de la nouvelle ligne TGV Paris-Bordeaux le 1er juillet 2017.
Elisabeth Borne, ministre des Transports, pendant l'inauguration de la nouvelle ligne TGV Paris-Bordeaux le 1er juillet 2017. — UGO AMEZ/SIPA
  • Elisabeth Borne présente ce vendredi le résultat d'une partie de la concertation sur la réforme de la SNCF. 
  • Les syndicats ne s'estiment pas entendus. Le gouvernement assure qu'il a pris en compte certaines de leurs idées. 
  • La grève des cheminots, qui s'étale sur trois mois, doit démarrer mardi 3 avril. 

La réforme de la SNCF franchit une nouvelle étape. La ministre des Transports Elisabeth Borne dévoile ce vendredi matin le résultat des premières concertations sur l’ouverture à la concurrence  du transport ferroviaire. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, elle estime que les syndicats ont eu leur mot à dire dans ces discussions, et qu’elle a pris en compte certaines de leurs idées.

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Pourtant, la ministre reconnaît que la grève, qui doit démarrer lundi soir à la SNCF, est quasi inévitable. Et les prochaines rencontres avec les syndicats s’annoncent compliquées, car il sera notamment question de la fin du statut pour les futurs cheminots. Alors que le mouvement social doit s’étaler jusqu’en juin, avec deux jours de débrayage sur cinq, Elisabeth Borne assure que la réforme va « améliorer le service public » du rail.

Vous présentez ce vendredi le texte de loi sur l’ouverture à la concurrence, après avoir rencontré les syndicats à plusieurs reprises. Quel bilan tirez-vous des concertations ?

Cela fait un mois qu’on a des concertations, notamment sur l’ouverture à la concurrence. Sur ces thèmes-là, on a eu des discussions très approfondies. Des sujets ont été pointés par les organisations syndicales, et ça a vraiment permis d’enrichir notre réflexion. Cela nous permet de présenter aujourd’hui les mesures précises qui seront inscrites dans le projet de loi. Cela veut donc dire que grâce à la concertation, ce volet de la réforme sera bien débattu dès la semaine prochaine à l’Assemblée nationale.

Les syndicats jugent pourtant que les réunions au ministère visaient seulement à leur « expliquer le texte ». Ils ont eu leur mot à dire ?

Je ne partage pas leur point de vue. Certaines dispositions présentées aujourd’hui sont issues des échanges avec les syndicats. La façon dont ils vont être informés tout au long des appels d’offres [pour l’exploitation d’une ligne], la part qui sera donnée au volontariat [en cas de changement d’exploitant], les garanties dont les cheminots continueront à bénéficier en cas de transfert. Ce sont des sujets très concrets pour les cheminots.

La grève à la SNCF doit démarrer lundi soir. Vous espérez encore pouvoir l’éviter ?

Je pense que le mouvement de grève aura sans doute lieu lundi. Je déplore franchement que cette grève démarre alors que nous sommes en pleine discussion et que nous n’avons même pas encore commencé le débat au Parlement. Ce n’est pas une bonne méthode. Je souhaite que ce mouvement soit le moins pénalisant possible pour les voyageurs, je souhaite qu’on continue nos discussions le plus vite possible et qu’on trouve des solutions ensemble.

Cela veut dire que vous avez l’espoir que la grève ne dure pas trois mois ?

La seule voie possible, c’est la discussion, c’est la concertation. On fait cette réforme pour améliorer le service public et donner à la SNCF les moyens d’affronter l’avenir. On doit préparer l’ouverture à la concurrence, qui va être positive pour les voyageurs car elle va leur donner davantage de choix et d’offres. On va investir massivement dans le réseau pour rattraper les décennies de sous-investissement, cela va réduire les retards et les incidents.

Concernant les droits futurs des cheminots, quels sont ceux qu’il faut préserver dans le cadre de l’ouverture à la concurrence ?

Il faut faire la part, dans tous les éléments auxquels les cheminots sont attachés, entre ce qui relève effectivement du « statut », et ce qui relève de leurs autres droits. Les cheminots ont des horaires décalés, ils travaillent le dimanche, ils travaillent même 365 jours par an. Ces contraintes-là seront communes à tous les salariés qui travailleront demain dans le ferroviaire, à la SNCF ou chez des concurrents. Elles devront être prises en compte dans la future convention collective du secteur.

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Le gouvernement est resté plutôt flou sur le sujet de la dette de la SNCF. Quel montant sera repris par l’Etat, et à quelle date ?

Les précédents gouvernements disaient que la dette [environ 47 milliards d'euros] n’était pas un problème. Nous, nous disons que cette dette est une menace pour le système ferroviaire, et donc qu’il va falloir s’en occuper dans le quinquennat. La situation est simple : aujourd’hui la dette augmente de 3 milliards d’euros par an, avec 1,5 milliard d’euros d’intérêts à payer aux banques chaque année. C’est autant qui n’est pas investi pour le service public.

On ne va pas s’occuper de la dette sans avoir défini d'abord avec l’entreprise une trajectoire qui évite de la reconstituer, le but étant de parvenir à ce que la SNCF ne s’endette plus. Une fois qu’on aura fait ce travail, on prendra notre part de responsabilité sur la dette. Les modalités de traitement sont à définir, mais notre objectif est clair : le système ferroviaire doit avoir des perspectives équilibrées dans la durée.

Les régions auront la main sur l’avenir des petites lignes. Mais elles ont des moyens financiers limités et pourraient décider de fermer des lignes sur le seul critère de la rentabilité…

Ce sujet est totalement exclu de la réforme. Il y a deux choses. D’abord, qui décide de l’avenir des petites lignes, et ensuite comment l’État accompagne les régions. Ce ne serait pas une bonne chose qu’on décide, à Paris, de l’avenir de lignes dont ce sont les collectivités qui peuvent apprécier l’intérêt pour les habitants de la région. Que ces décisions se prennent localement, c’est du bon sens. Par ailleurs, l’État est engagé au côté des Régions dans des contrats de plan. Il est prévu 1,5 milliard d’euros d’investissement sur ces lignes, et on a clairement dit que ces engagements seront tenus.