Démission du maire de Sevran: Des plans banlieues à la pelle, et toujours pas de résultats

URBANISME La démission de Stéphane Gatignon mardi rappelle que les gouvernements se suivent mais les problèmes demeurent…

Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron en déplacement à Clichy-sous-Bois le 13 novembre 2017.
Emmanuel Macron en déplacement à Clichy-sous-Bois le 13 novembre 2017. — HAMILTON-POOL/SIPA
  • Le maire de Sevran a démissionné, jugeant que l’État ne s’implique pas assez pour les banlieues.
  • La politique de la ville est pourtant active depuis plus de quarante ans.
  • Les résultats se font toujours attendre, notamment en termes d’emploi.

Usé et fatigué, Stéphane Gatignon a démissionné mardi de son poste de maire de Sevran (Seine-Saint-Denis). Dénonçant le «  mépris de l’État pour les banlieues », l’élu se dit épuisé « par les blocages qui viennent d’en haut ». En écho à son ras-le-bol, plusieurs élus de Seine-Saint-Denis ont publié une lettre ouverte à Emmanuel Macron.

Ils affirment que le département « a besoin d’un soutien financier hors normes » pour sa rénovation urbaine » et demandent au chef de l’État de « recrédibiliser la parole publique ». Le 14 novembre 2017, le président de la République avait en effet promis « un plan de mobilisation générale » pour les banlieues. « Je veux que le visage de nos quartiers ait changé d’ici la fin du quinquennat », avait-il lancé.

Un taux de chômage alarmant

L’actuel président de la République est loin d’être le premier à faire une telle promesse. En 1977, comme le relève Le Monde, Raymond Barre avait envoyé une lettre aux préfets afin « d’enrayer la dégradation physique et sociale » des HLM. Quarante ans plus tard, la « politique de la ville », à laquelle participent de nombreux échelons (ministère, collectivités, associations, entreprises) est loin d’avoir réussi cette mission.

Un exemple : l’évolution du taux de chômage dans les zones urbaines sensibles (ZUS), devenues des « quartiers prioritaires » (QPV) en 2014. Dans son rapport 2016, l’Observatoire national de politique de la ville (ONPV) notait que « le taux de chômage des 15-64 ans est ainsi plus de 16 points supérieur dans les quartiers prioritaires à celui des unités urbaines englobantes (26,4 % contre 10,1 %) ». Un constat alarmant, et qui dure depuis des années, comme le montre ce graphique de l’Observatoire des inégalités :

Evolution du taux de chômage dans les ZUS.
Evolution du taux de chômage dans les ZUS. - Observatoire des inégalités

Des plans à la pelle

Pourtant, ce ne sont pas les « plans banlieues » qui ont manqué : en 2008, le plan « espoir banlieue » porté par Fadela Amara avait injecté près d’un milliard d’euros dans 215 quartiers. En 2013, rappelle La Croix, « le gouvernement Ayrault décidait de concentrer les moyens de la politique de la ville sur 1.300 quartiers prioritaires » et créait les «  emplois-francs ». Et maintenant ? C’est au tour de Jean-Louis Borloo de s’y coller. Son plan - « le plan de la dernière chance » selon Stéphane Gatignon-, devrait être dévoilé dans quelques semaines.

En 2012, l’architecte et urbaniste Philippe Vignaud portait un regard très critique sur la politique de la ville de Nicolas Sarkozy : « On a remplacé des immeubles anciens par des logements neufs mais avec les mêmes populations. Et on laisse les pauvres se débrouiller entre eux », jugeait-il. Cinq ans plus tard, le site de fact-checking Lui Président dressait un bilan très mitigé de l’action de François Hollande sur la banlieue, rappelant notamment l’échec de la lutte contre le chômage et la fracture territoriale. Emmanuel Macron a fort à faire s’il veut éviter les mêmes critiques en 2022.