Croissance, chômage, consommation… L’Insee dévoile sa météo économique pour 2018

PREVISIONS Le PIB devrait croître un peu moins vite qu’en 2017…

Nicolas Raffin

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La tour Eiffel à Paris. (Illustration)
La tour Eiffel à Paris. (Illustration) — LODI Franck/SIPA
  • La note de conjoncture de l’Insee anticipe une poursuite de la croissance, mais une stabilité du chômage.
  • La politique fiscale du gouvernement pourrait freiner la consommation au premier semestre.
  • Les mesures en faveur du pouvoir d’achat sont concentrées sur la fin de l’année.

Après une année 2017 qui a vu le retour d’une croissance « solide » (+2 % en moyenne pour le PIB), et la création nette de 270.000 emplois, que réserve 2018 à l’économie française ? L’Insee s’est prêté à l’exercice en dévoilant ce mardi sa note de conjoncture. Véritable « bulletin météo », elle esquisse les évolutions à venir en termes de croissance, d’emploi, ou encore de salaire sur le premier semestre de cette année.

Croissance : Temps ensoleillé, quelques brumes éparses

Emmanuel Macron pourrait dire, en parodiant François Hollande, que « ça va mieux ». La croissance de l’année dernière était la plus élevée depuis six ans. Pour le début de 2018, l’Insee prévoit une progression du PIB « à une cadence un peu moins rapide (+0,4 % par trimestre) qu’en 2017 ». A quoi est dû ce léger ralentissement ? La note de conjoncture évoque une consommation des ménages « en demi-teinte » en ce début d’année.

Pour Mathieu Plane, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), la raison est limpide : « le choc fiscal du début d’année est négatif. A la hausse de la fiscalité indirecte (carburants, tabac), s’ajoute la hausse de la CSG, qui a un effet négatif sur le pouvoir d’achat. » Néanmoins, la suite de l’année s’annonce moins difficile pour le porte-monnaie des Français : « Plusieurs mesures de soutien fiscal arriveront au second semestre, note Mathieu Plane : la baisse de la taxe d’habitation et la deuxième vague de baisse des cotisations. Cela devrait permettre de regagner du pouvoir d’achat. »

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Chômage : Petite accalmie, mais attention au mirage

Pour mesurer le chômage, l’Insee ne se base pas sur les chiffres de Pôle emploi, mais sur la définition du chômage au sens du BIT (Bureau international du travail), qui permet d’effectuer des comparaisons internationales. En 2017, le taux de chômage (selon le BIT) a très fortement baissé, passant de 10 % (fin 2016) à 8,9 % (fin 2017), son niveau le plus bas depuis 2009.

L'Insee prévoit une stabilité du taux de chômage en 2018.
L'Insee prévoit une stabilité du taux de chômage en 2018. - Insee

Pour 2018, la note de conjoncture estime que le secteur marchand va poursuivre sa dynamique de créations d’emplois (+129.000 attendus au premier semestre), tandis que le secteur non-marchand (associations, administrations) connaîtrait un repli, principalement à cause de la diminution des emplois aidés.

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Au total, l’Insee prévoit 113.000 créations nettes d’emploi au premier semestre, avec un chômage stable à 8,9 %. Pour Mathieu Plane, cela n’indique pas nécessairement que l’économie « plafonne » : « Cette stabilité apparente est due en partie à des ajustements statistiques. Le rythme des créations d’emplois reste suffisamment élevé pour faire baisser le chômage en tendance ».

Les aléas « climatiques » (ou économiques)

Comme tout bulletin météo, la prévision économique n’est jamais certaine à 100 %. L’Insee le reconnaît : « à court terme, ce scénario est susceptible d’être affecté par les incertitudes politiques qui subsistent de part et d’autre de l’Atlantique [nouveau gouvernement en Italie, protectionnisme des États-Unis, voire anticipation du Brexit]. » Les évolutions des bourses mondiales, parfois chaotiques, peuvent aussi inverser ou amplifier une tendance.

Selon Mathieu Plane, il faudra surtout, à court terme, surveiller la consommation des Français. « L’Insee suppose que les ménages vont puiser en partie dans leur épargne au début de l’année pour faire face à la baisse du pouvoir d’achat, ce qui permettra de soutenir en partie la consommation. Mais si les ménages restent trop prudents et ne touchent pas à leur épargne, cela pourrait jouer négativement sur la croissance du début d’année » estime-t-il.