Pourquoi le tourisme de mémoire a-t-il tant prospéré ces dernières années?

VOYAGE Champs de bataille, nécropoles, sites commémoratifs, musées… Depuis 2014, Français comme étrangers sont de plus en plus nombreux à venir les découvrir…

Delphine Bancaud

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Le cimetière de Colleville-sur-Mer en Normandie.
Le cimetière de Colleville-sur-Mer en Normandie. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Deux répliques d’avions de guerre sont suspendues au plafond du Mondial du tourisme qui a ouvert ses portes ce jeudi à Paris. Une scénographie venue souligner l’importance du tourisme de mémoire ces dernières années en France et dont s’est fait écho la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Défense, Geneviève Darrieussecq, en visite sur le salon : « Depuis quelques années, le tourisme de mémoire est un facteur d’attraction en France. En 2016, il a attiré 12 millions de visiteurs, dont un million de scolaires », a-t-elle déclaré.

Parmi les sites les plus fréquentés figurent : le Mémorial de Caen, Utah Beach, le Mémorial de Verdun, le cimetière de Colleville-sur-Mer, le musée de l’armée, les champs de bataille de la Somme et des Ardennes… Ils sont visités aussi bien par des étrangers (Américains, Australiens, Anglais, Canadiens, Allemands, Belges…) que par des Français. « Les Anglo-Saxons se rendent souvent en pèlerinage sur la tombe d’un aïeul », a souligné Geneviève Darrieussecq.

« La volonté de retrouver leurs racines »

Un engouement pour le passé qu’elle explique par « le goût des Français pour la généalogie, leur appétence au travail de mémoire, la volonté de retrouver leurs racines ». Un avis partagé par Annick Vidal, commissaire adjointe du Mondial du tourisme : « Les attentats terroristes survenus en France ont ravivé le besoin de nos compatriotes de renouer avec l’histoire de leur pays. C’est aussi un moyen de découvrir un territoire de façon intelligente. On peut par exemple, visiter le musée Somme 1916 et effectuer une randonnée à cheval dans la région. », ajoute-t-elle.

Et plusieurs commémorations ont accompagné ce goût pour le passé : « La fréquentation des sites de mémoire a augmenté de 25 % depuis 2013, car elle a été portée par les 70 ans du débarquement en 2014 et le début des commémorations de la première Guerre Mondiale la même année. Cela a donné de la visibilité à ces lieux patrimoniaux des deux conflits mondiaux », explique Caroline Marchal, chargée d’études tourisme de mémoire au ministère des Armées.

L’offre touristique a su se moderniser

Mais ce regain d’intérêt a aussi été porté par les efforts de modernisation de plusieurs sites de mémoire. « On est loin des musées ou des sites poussiéreux qui étaient uniquement gérés par des associations. Les collectivités territoriales et le ministère des Armées ont mis la main à la poche pour réhabiliter certains de ces lieux », note Annick Vidal. C’est le cas du Mémorial du Mont Faron, du Mémorial des martyrs de la déportation… « Le Mémorial de Verdun a aussi été entièrement restauré et a rouvert en 2016. Il propose une approche plus interactive avec une visite virtuelle, des films d’époque… », poursuit-elle. L’idéal pour attirer plus de jeunes. « Plusieurs sites ont adopté une scénographie plus ludique, ont créé des animations 3D, des bornes tactiles, des parcours vidéo-guidés », observe Anne-Sophie Ligi, chargée de promotion à Oise tourisme. Davantage d’animations sont aussi proposées : « Sur le champ de bataille de Verdun, nous organisons un jeu intitulé "Vadrouille la Grenouille", pour faire découvrir le site aux enfants de manière plus ludique », informe Lionello Burtet, directeur de l’Office de tourisme du Grand Verdun.

Surfant sur la vague, d’autres espaces de mémoire ont vu le jour aussi. « L’historial de Thiepval a été créé en 2016, ’anneau de la mémoire à Notre Dame de Lorette en 2014 et le Hartmannswillerkopf a été inauguré en 2017 », indique Caroline Marchal. Autre innovation ces dernières années : la création de spectacles sons et lumières faisant la part belle aux évènements historiques, comme à  Pozières (Meuse), à Bridiers (Creuse), à Verdun. Et les acteurs du tourisme ont inventé de nouvelles manières de découvrir l’Histoire, comme le Véloroute de la mémoire par exemple, un parcours reliant Arras à Amiens et qui permet de découvrir à vélo les monuments dédiés à la Grande Guerre dans la Somme.

L’année 2018 sera porteuse pour le tourisme

Et ce succès du tourisme de mémoire n’est pas près de se démentir en 2018. « Cette année, les touristes pourront aussi redécouvrir le musée de la Clairière de l’Armistice à Compiègne, qui va rouvrir, ainsi que le Musée Guerre et Paix en Ardennes, qui a rouvert en janvier », informe Annick Vidal. « Beaucoup d’évènements viendront clore la fin du centenaire de la Première guerre mondiale, notamment la cérémonie internationale au pied de l’Arc de Triomphe qui réunira les dirigeants des pays alors en guerre pour commémorer la signature de l’armistice. Et l’on commémorera aussi le centenaire de l’accession au pouvoir de Clemenceau », complète Caroline Marchal.