Une «génération dorée» qui doit «faire un effort»… Les retraités français sont-ils vraiment des nantis?

MANIFESTATION La hausse de la CSG passe très mal…

Nicolas Raffin

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Une maison de retraite dans la Sarthe (Illustration).
Une maison de retraite dans la Sarthe (Illustration). — GILE MICHEL/SIPA
  • Les retraités descendent dans la rue ce jeudi.
  • Ils réclament des mesures en faveur du pouvoir d’achat pour compenser la hausse de la CSG.
  • Si leur niveau de vie est pour l’instant supérieur à celui des actifs, ce ne sera plus le cas dans quelques années.

Les retraités se sentent délaissés par le gouvernement, et ils tiennent à le faire savoir. À l’appel de neuf syndicats, les seniors défileront ce jeudi dans de nombreuses villes, dont Paris. Leurs revendications tournent autour du pouvoir d’achat : avec la hausse de la CSG – depuis le début de l’année- et la faible revalorisation des pensions (+0,8 %), les retraités se sentent pris en tenaille. « Sur 2000 euros de pension, je perds 34-35 euros par mois [à cause de la CSG], soit plus de 400 euros par an » a expliqué à l’AFP Michel Salingue, secrétaire général du syndicat de retraités FGR-FP.

>> Lire aussi : Emmanuel Macron souhaite finaliser la réforme des retraites avant l'été 2019

Du côté de l’exécutif, un argument revient souvent pour justifier cette ponction : les retraités, qui auraient un niveau de vie confortable, sont invités à faire un effort pour le bien commun. Emmanuel Macron ne dit pas autre chose dans sa fameuse interview accordée au Point en août dernier : « Les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes. Je leur demande donc, pour les plus aisés [40 % des retraités ne subissent pas la hausse de la CSG], un effort ». Un discours repris quelques mois plus tard par le député LREM Eric Alauzet : « Les retraités d’aujourd’hui font partie d’une génération dorée ! » lance-t-il au Parisien.

90 % des retraités touchent moins de 2700 euros de pension

Cette affirmation est-elle exacte ? Comme souvent, c’est une affaire de perspective. Si l’on prend par exemple le dernier rapport de l’OCDE sur les pensions (décembre 2017), on constate que le revenu moyen des personnes de plus de 65 ans est légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population.

La même étude montre aussi que le taux de pauvreté parmi les seniors français (3 %) est quatre fois plus faible que celui de l’ensemble des pays de l’OCDE (12 %). De quoi renforcer l’idée selon laquelle les retraités sont « plus riches » que les actifs, et qu’il est normal qu’ils payent.

Mais d’autres statistiques viennent nuancer ce discours, notamment celles contenus dans le rapport 2015 du conseil d’orientation des retraites (COR). Il vient rappeler un fait : les retraités sont loin d’être un groupe homogène. Selon le COR, 25 % des retraités ont une pension inférieure à 800 euros par mois. Et 90 % d’entre eux touchent moins de 2700 euros mensuels.

Un niveau de vie relatif amené à baisser

Par ailleurs, si les retraités ont aujourd’hui un niveau de vie très légèrement supérieur au reste de la population, ce ne sera plus le cas d’ici quelques années. D’après le COR, à partir de 2019, les pensions progresseront beaucoup moins vite que les revenus des actifs. Conséquence : les futurs seniors, auront, à terme, un niveau de vie inférieur à celui des moins de 60 ans.

« À ce moment-là, c’est-à-dire dès 2030, il ne sera plus possible de tenir le même discours et de continuer à dire que les retraités sont « privilégiés », remarque Pierre Madec, économiste à l’OFCE. Pourtant, si les mesures de suppression de cotisation perdurent, elles risquent d’être encore financées à l’avenir par la CSG, et donc par une bonne partie des retraités ». Les actifs d’aujourd’hui, qui seront les seniors de demain, ne devraient donc pas se réjouir trop vite…