Réforme de la SNCF: Une semaine décisive pour le gouvernement et les syndicats?

TRANSPORT Une grève reconductible pourrait démarrer fin mars...

Nicolas Raffin

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Le siège de la SNCF à Paris (Illustration).
Le siège de la SNCF à Paris (Illustration). — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

L’agenda de cette semaine s’annonce chargé pour la SNCF. Mercredi, le projet de loi d’habilitation de réforme de l’entreprise ferroviaire sera présenté en Conseil des ministres. Il précisera le cadre – mais pas le contenu exact — des ordonnances qui pourraient être prises d’ici le début de l’été.

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Jeudi, nouveau temps fort : quatre syndicats (CGT Cheminots, Sud Rail, Unsa, CFDT) se réuniront pour décider d’une éventuelle grève reconductible, qui serait lancée à la fin du mois, après la manifestation du 22 mars. Le même jour, le PDG de la SNCF Guillaume Pepy dévoilera son « projet stratégique » pour transformer le groupe. Il vise des gains en terme « d’efficacité » et devrait conduire à une réorganisation de l’entreprise.

Un statut en question

Cette concentration des événements rappelle que le gouvernement veut aller vite sur ce dossier, alors que les concertations avec les syndicats n’ont démarré que le 1er mars. Les représentants des salariés sont d’ailleurs ressortis plutôt déçus des premiers rendez-vous. « Beaucoup d’échanges, mais pas beaucoup de marges de manœuvres » selon Patrick Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots. « Un simulacre de concertation » pour Stéphane Mariani, secrétaire général adjoint de la CFDT, qui regrette que le gouvernement ne veuille pas revenir sur la disparition du statut de cheminot.

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L’exécutif souhaite que ce statut, apparu il y a plus de 100 ans, ne soit plus accordé aux nouveaux embauchés. Les cheminots actuels garderaient en revanche le statut, et ce jusqu’à leur retraite. Un compromis insuffisant pour les syndicats, qui font peser la menace de la grève « si le gouvernement ne nous entend pas », a affirmé Patrick Brun mercredi.

Discuter sans reculer

Face aux syndicats qui font bloc, le gouvernement et la direction de la SNCF ont adopté les mêmes éléments de langage. « Personne n’a intérêt à un mouvement dur à la SNCF » expliquait fin février la ministre des Transports Elisabeth Borne. La semaine dernière, Guillaume Pepy défendait la même ligne au micro d’Europe 1 : « En ce moment le train repart [le bénéfice de la SNCF est en forte hausse en 2017, tout comme la fréquentation] (…) S’il y a une grève longue, qui est-ce qui va gagner ? La voiture, l’avion, le car ».

Pour l’exécutif, il est de toute façon hors de question de reculer sur ses principes. « Si certains sujets s’enlisent, si certains tentent de confisquer le débat ferroviaire (…) alors le gouvernement prendra ses responsabilités » avait lancé Edouard Philippe le 26 février.

Dette et contre-projet

S’appuyant sur l’argument du débat d’idées, la CGT-Cheminots a donc présenté la semaine dernière son « contre-projet » de transformation de la SNCF. Le syndicat demande la reprise de la dette de l’entreprise (45 milliards d’euros environ) par l’État, via une «  structure de défaisance » (aussi appelée « bad bank »). Loin d’être original, le procédé a déjà servi pour éponger les dettes du Crédit Lyonnais, ou plus récemment, d’Areva.

Edouard Philippe avait d’ailleurs laissé entendre fin février que l’État pourrait reprendre une partie de la dette de la SNCF d’ici la fin du quinquennat. Un point de convergence qui semble encore bien mince au regard des divisions sur les autres sujets (statut du cheminot, transformation de la SNCF en entreprise à capitaux publics). L’attitude du gouvernement, comme celle des cheminots, sera donc à scruter avec attention cette semaine.