Réforme de la formation professionnelle: Ça change quoi pour les salariés et les chômeurs ?

EMPLOI Le gouvernement promet une « transformation profonde du système »…

Nicolas Raffin

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La réforme de la formation professionnelle devrait permettre aux salariés du BTP de passer le CACES plus rapidement.
La réforme de la formation professionnelle devrait permettre aux salariés du BTP de passer le CACES plus rapidement. — VALERY HACHE / AFP
  • L’exécutif a présenté lundi son projet pour améliorer la formation professionnelle.
  • Elle devrait devenir plus claire et plus accessible pour tous.
  • Certains économistes mettent en garde contre le « mirage » d’une telle réforme.

Et la réforme fut. Muriel Pénicaud a présenté ce lundi son « big bang » de la formation professionnelle. Pour la ministre du Travail, le système actuel « n’est pas juste » et « aggrave les inégalités » entre les salariés (travailleurs diplômés bien formés, ouvriers qui ne se forment pas assez), mais aussi entre les actifs et les demandeurs d’emploi.

En plus de ces failles, l’accès à la formation professionnelle est souvent jugé complexe et peu lisible : un sondage BVA réalisé en février 2017 montrait que seulement 31 % des Français s’estimaient « bien informés » sur le sujet. Pour inverser la tendance, l’exécutif met en avant plusieurs mesures.

La fin des formations « gonflées » ?

Parmi les annonces faites par Muriel Pénicaud, les changements autour du compte personnel de formation (CPF) visent à rendre le dispositif plus lisible. Lancé en 2015, le CPF s’adresse aux salariés, aux agents publics, aux demandeurs d’emplois, mais aussi aux indépendants. Il est donc censé s’adapter à de nombreuses situations de la vie professionnelle, et concerne potentiellement des millions de personnes. Auparavant crédité en heures, il sera désormais abondé en euros.

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Ainsi, les salariés à temps plein bénéficieront de 500 euros de formation par an, un total qui ne pourra pas dépasser 5.000 euros (soit 10 ans de cumul). « Lorsque le crédit du CPF était exprimé en heures, il n’y avait pas de consensus ou d’équilibre entre les formations, par manque de lisibilité, explique Erwann Tison, directeur des études de l’institut Sapiens. Le passage en euros permettra une harmonisation ». Par exemple, les organismes privés ou publics ne pourront plus « gonfler » artificiellement le nombre d’heures de formation, au risque de paraître beaucoup trop chers par rapport à leurs concurrents…

Un « Trip Advisor » de la formation

Autre innovation présentée ce lundi : les personnes travaillant à temps partiel – souvent des femmes - auront autant d’euros sur leur CPF que les salariés à temps plein. Quant aux salariés non-qualifiés, ils auront droit à 800 euros de formation par an. « C’est une logique de rattrapage, décrypte Erwann Tison. La formation initiale ne doit plus être un handicap pour la suite de la carrière ». Avec 800 euros, un ouvrier du BTP sans diplôme pourra, par exemple, passer rapidement son CACES (permis pour conduire des engins de chantier) et monter en compétence.

Pour aller plus loin dans la simplification, une application mobile CPF va voir le jour. Il sera possible de « s’inscrire à la formation et de la payer directement [avec le crédit formation accumulé] (…) sans validation administrative » indique le ministère du Travail. Pour se décider, les utilisateurs auront accès à plusieurs données : taux d’insertion dans l’emploi après la formation, salaire prévisionnel à l’embauche, mais aussi les avis et les notes des autres participants aux formations. Ce « Trip Advisor » de la formation professionnelle, déjà expérimenté en Île-de-France, doit permettre de rendre le système plus transparent.

De l’emploi garanti ?

Plusieurs experts expriment néanmoins des réserves sur le plan de bataille du gouvernement. La fédération de la formation professionnelle (FFP) s’inquiète par exemple pour l’accompagnement des salariés ayant besoin d’être épaulés pour trouver une formation, faire un bilan de compétence, ou définir leur projet professionnel. Pour l’exécutif, cet accompagnement devrait être confié à un « opérateur de conseil » (public ou privé) par région, désigné après un appel d’offres.

« Un acteur par région, ce n’est pas suffisant, estime Emmanuelle Pérès, déléguée générale de la FFP. Il faut que le marché de l’accompagnement soit aussi ouvert que celui de la formation, faute de quoi certains salariés risquent d’être moins bien conseillés et aiguillés ».

Pour Bruno Ducoudré, économiste à l’OFCE, il faut aussi prendre garde au « mirage » de la formation professionnelle. « C’est illusoire de penser que la formation va automatiquement créer de l’emploi, prévient le spécialiste. » Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A : 3,4 millions fin 2017. Un total largement supérieur aux offres « non-pourvues » de Pôle emploi (environ 200.000 CDI ou CDD supérieurs à 6 mois) faute de candidats.