Côte d'Azur: Polémique et grogne sur les marchés azuréens à cause d'exposants italiens

CONCURRENCE DELOYALE? Des producteurs de fruits et légumes transalpins investissent les étals de Cagnes-sur-mer et de Villeneuve-Loubet une fois par mois. Les maraîchers azuréens dénoncent une « concurrence déloyale »… 

Mathilde Frénois et Fabien Binacchi

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Un marché de la Côte d'Azur. (illustration)
Un marché de la Côte d'Azur. (illustration) — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • Les maraîchers français sont soutenus dans leur grogne par la chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes.
  • Les villes de Cagnes-sur-mer et de Villeneuve-Loubet se défendent de tout favoritisme.

Elle en a plein la botte. Sophie Gioanni est maraîchère dans la plaine du Var à Nice. « Depuis 22 ans », elle vend ses fruits et ses légumes « tous les matins sauf le lundi » sur les étals de Cagnes-sur-Mer. Mais un « marché à l’italienne » est venu se mettre dans ses pattes. Une fois par mois, la commune (mais aussi sa voisine Villeneuve-Loubet), organise un marché italien. « On n’est pas sur un même pied d’égalité, peste-t-elle. Ce marché nous enlève du monde. Et c’est de la concurrence déloyale. Ils n’ont pas les mêmes normes que nous, donc ils peuvent vendre moins cher. »

Le marché italien s’installe effectivement un samedi par mois à Cagnes-sur-mer. Entre 30 et 35 exposants vendent charcuterie, parmesan, chocolat, huile d’olive, vin du Piémont, miel, confiture, gâteaux, verre de Murano, parapluies, bois d’olivier, foulards en laine, plantes aromatiques. Mais aussi des fruits et légumes. Cinq maraîchers d’Imperia sont au cœur de la discorde. « Je démens la concurrence déloyale, appuie Pierrette Alberici, élue à Cagnes-sur-Mer en charge du domaine public, des marchés et des foires. Les taux de TVA n’ont pas beaucoup d’écart et les maraîchers produisent tout de A à Z. Ils ne font pas de revente. »

Traçabilité, fiscalité, main-d’œuvre

Selon l’élue, ils commercialisent des produits impossible à trouver du côté français de la frontière, à l’image des artichauts piquants et des choux-fleurs jaunes et roses. « Qu’ils vendent des panettones et des pâtes, ça ne me pose pas de problème. Mais les fruits et légumes, c’est de la concurrence déloyale. Leur cahier des charges n’est pas le même, maintient Michel Dessus, président de la chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes. Les producteurs italiens n’ont pas la même traçabilité, la même fiscalité, le même coût de main-d’œuvre, les mêmes normes. » Récemment, Sophie Gioanni a dû changer sa balance pour être conforme à la loi. Système qui ne serait, d’après elle, pas obligatoire pour les producteurs transalpins.

Michel Dessus pointe le marché de Cagnes-sur-Mer qu’il estime être un « exemple significatif ». Mais, pour lui, le problème est le même ailleurs sur la Côte d’Azur. Comme à Villeneuve-Loubet qui dispose également d’un marché italien. « Il n’a lieu qu’une seule fois par mois. Alors que nous avons deux marchés par semaine ouverts aux maraîchers azuréens, plus ceux du bord de mer, soit 12 par mois, compte le maire de Villeneuve-Loubet Lionnel Luca. A la place de cette polémique inutile, on ferait bien de contrôler aussi ce qui est vendu sur les marchés traditionnels. Certains s’approvisionnent au Min et vendent des poivrons espagnols. » Encore une autre polémique à mettre sur la balance des marchés azuréens.