Réforme de la SNCF: A quoi va servir la concertation annoncée?

TRANSPORT Certains syndicats estiment que les jeux sont déjà faits…

Nicolas Raffin

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Le Premier ministre Edouard Philippe
Le Premier ministre Edouard Philippe — LUDOVIC MARIN / AFP
  • La réforme de la SNCF sera mise en œuvre par ordonnances.
  • Une concertation va démarrer dans les prochains jours.
  • Les syndicats dénoncent les limites de l’exercice.

La « méthode Macron » est à l’œuvre dans la  réforme de la SNCF présentée ce lundi. Comme pour de nombreux sujets délicats ( code du Travail, cannabis, bioéthique), l’exécutif a choisi la « concertation ». Edouard Philippe a ainsi promis d’associer « l’ensemble des partenaires concernés : les organisations patronales et syndicales, les usagers, les collectivités locales » à la réflexion sur l’avenir de l’entreprise historique.

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Ces échanges, qui porteront notamment sur l’ouverture à la concurrence et la fin progressive du statut de cheminot, seront menés rapidement. La concertation doit commencer cette semaine et s’achever dans deux mois. La promulgation des ordonnances est prévue fin juin au plus tard. Pour le Premier ministre, la méthode est respectueuse du débat démocratique : « Les ordonnances « travail » ont prouvé que cette méthode ne confisquait aucunement le débat (…) sauf à considérer que 300 heures de concertations et une centaine de réunions n’auraient pas laissé assez de temps à l’expression des opinions contradictoires ».

La question de la dette

« Quand on voit que le texte [le projet de loi d’habilitation] est quasiment déjà écrit, ça laisse peu de chances à un vrai dialogue serein et constructif » estime Erik Meyer, secrétaire fédéral de Sud-Rail, opposé à une réforme par ordonnances. « On viendra [à la concertation] parce qu’on veut avoir des réponses à nos questions. Mais on sait très bien que ce n’est pas là qu’on fera changer les choses » juge le syndicaliste.

Pour Sud-Rail, ces rendez-vous permettront surtout d’éclaircir plusieurs « zones d’ombre », comme l’avenir des petites lignes peu fréquentées : « Le Premier ministre dit qu’il ne suivra pas le rapport Spinetta, qui préconise leur fermeture, poursuit Erik Meyer. Mais nous craignons qu’il laisse les régions décider, et elles risquent de trancher sur des critères comptables ». Autre exemple : la reprise de tout ou partie de la dette - 46 milliards d’euros - de SNCF Réseau par l’Etat, un sujet évoqué très rapidement par Edouard Philippe lors de son discours.

Ecouter… et puis agir

La CFDT-Cheminots est aussi sur la même ligne : ses représentants rencontrent ce mardi les autres organisations syndicales pour étudier la possibilité d’une grève à partir du 12 mars. Cette position détonne au regard l’attitude de la centrale lors de la négociation sur le Code du travail. À l’époque, Laurent Bergé, secrétaire général de la CFDT, estimait que le gouvernement « avait raté le coche » sur les ordonnances, sans appeler ses militants à la grève.

Avant même d’avoir commencée, la « concertation » voulue par le gouvernement semble donc avoir du plomb dans l’aile. Mais malgré les menaces de grève, l’exécutif n’est pas disposé à ralentir le rythme : « Si certains sujets s’enlisent, si certains tentent de confisquer le débat ferroviaire (…) alors le gouvernement prendra ses responsabilités » a averti Edouard Philippe lundi.

Sa déclaration sonne d’ailleurs comme un écho aux vœux d’Emmanuel Macron prononcés le 31 décembre : « Je m’assurerai que tous les débats soient conduits et que toutes les voix y compris discordantes soient entendues mais pour autant, je n’arrêterai pas d’agir » avait lancé le chef de l’État. Pour le gouvernement, concertation rime toujours avec action.