Formation professionnelle: Pourquoi les femmes sont-elles beaucoup plus pénalisées que les hommes?

EGALITE La ministre du Travail a critiqué « la complexité du système »…

Nicolas Raffin (avec AFP)

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Une étudiante à l'école de cuisine de Thierry Marx à Paris.
Une étudiante à l'école de cuisine de Thierry Marx à Paris. — VINCENT LOISON/SIPA
  • Muriel Pénicaud veut un « big bang » de la formation professionnelle.
  • Les femmes subissent encore trop de discriminations au moment de choisir des formations.
  • Les organismes pourraient être pénalisés s’ils ne respectent pas la mixité.

Le gouvernement est déterminé à lancer les grands travaux dans la formation professionnelle, avec Muriel Pénicaud en chef de chantier. La semaine dernière, la ministre du Travail s’est montrée très mesurée sur l’ampleur de la réforme proposée par les partenaires sociaux. Selon elle, l’accord ne touche pas à « la complexité du système » : pour y remédier, la ministre promet un « big bang » des dispositifs, qui sera présenté ce lundi.

Le gouvernement devra notamment résoudre un des grands problèmes de la formation professionnelle, à savoir l’inégalité d’accès entre les hommes et les femmes. Un rapport remis le mois dernier à Marlène Schiappa se montrait particulièrement incisif, affirmant qu’il existe « une vraie discrimination en ce qui concerne l’offre de formation proposée aux femmes ».

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Des inégalités qui commencent très tôt

Rédigé par Catherine Smadja-Froguel, le document note que si l’accès à la formation des femmes est très proche de celui des hommes (45 % contre 43 %), de fortes disparités subsistent lorsqu’on s’intéresse aux catégories de salariés : ainsi, « 57 % des femmes cadres se sont formées, contre 62 % des hommes ». L’écart est encore plus prononcé pour les employées et les ouvrières.

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Les raisons sont multiples. Le rapport montre que pour les femmes, les barrières à la formation commencent très tôt, dès l’école ou l’université. Non seulement elles s’orientent moins (ou sont moins orientées) vers les filières scientifiques et techniques qui présentent un faible taux de chômage et des salaires élevés, mais en plus, « à niveau de diplôme comparable, on ne confie pas les mêmes responsabilités aux femmes qu’aux hommes ».

Une promotion difficile à obtenir

Ce retard subi par les femmes dans leur formation initiale pourrait être compensé par la formation continue. Mais là encore, les obstacles à l’égalité sont nombreux. « Souvent, lorsque les femmes choisissent une formation, elles sont guidées, consciemment ou non, vers des métiers stéréotypés comme ceux liés à la petite enfance, explique Garance Yverneau, fondatrice et dirigeante de 5A Conseil. Il faut travailler en amont avec elle pour les orienter vers des métiers « émergents », dans le digital par exemple ».

Les femmes subissent aussi un déficit d’information sur les formations, en raison de l’attitude de leur hiérarchie. « Elles sont moins nombreuses à bénéficier d’entretiens professionnels, et lorsqu’elles en bénéficient, sont moins nombreuses à y discuter leurs besoins de formation » note le rapport. Au final, « elles ont moins de chances de participer aux formations « générales » utilisables dans plusieurs secteurs d’activité [formation en management, leadership, etc] », et donc de pouvoir obtenir une promotion.

Des critères pour renforcer la mixité

Et le chemin de croix ne s’arrête pas là : le fait que les femmes s’occupent d’une grande partie des tâches ménagères du foyer et/ou de l’éducation des enfants les empêche souvent de postuler à des formations « longue durée », qui sont celles qui permettent d’évoluer dans une carrière professionnelle.

Pour favoriser une politique « plus égalitaire », le rapport formule une trentaine de recommandations, à commencer par le lancement d’une campagne de communication insistant sur le droit à la formation et les métiers scientifiques et techniques. Les critères de mixité pourraient aussi être pris en compte pour évaluer les organismes de formation. Les démarches favorisant la mixité seraient récompensées et, à l’inverse, les mauvais élèves pourraient avoir des « sanctions jusqu’au retrait de l’agrément ou de subventions ».

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Enfin, le rapport préconise de donner aux salariés à temps partiel - 30 % des femmes actives en 2015 contre 8,1 % des hommes - les mêmes droits à la formation. Le financement supplémentaire pourrait, si nécessaire, provenir de l’État et cette mesure serait dans un premier temps ouverte aux personnes désireuses d’obtenir une qualification pour un métier en tension.