Résidences secondaires surtaxées: «On n'est pas des salauds de riches!», clament des propriétaires de St Nazaire

IMPÔTS A Saint-Nazaire, où la taxe d'habitation des résidences secondaires a augmenté de 60%, un collectif de propriétaires mécontents se constitue...

Julie Urbach

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Le front de mer de Saint-Nazaire
Le front de mer de Saint-Nazaire — S. Salom Gomis/ SIPA
  • Plusieurs villes en France ont décidé d'une forte hausse de la taxe d'habitation pour les propriétaires de résidences secondaires.
  • A Saint-Nazaire, où l'augmentation est de 60%, les «Pigeons» s'élèvent contre cette mesure.

« On en a marre. On est l’os à ronger que l’Etat donne aux mairies. » Alors qu’une grosse partie des propriétaires français vont bientôt être exonérés de taxe d'habitation, ce n’est pas le cas pour ceux qui possèdent une résidence secondaire. Nicole Dano-Michaudet, enseignante dans l’Eure, a même vu sa facture s’alourdir. « Quand j’ai appris la somme, j’ai hurlé, se rappelle celle qui possède un appartement de 90m2 à Saint-Nazaire, hérité de sa mère décédée. 800 euros de plus… C’est énorme ! »

La station balnéaire de Loire-Atlantique fait partie des communes où les impôts ont le plus flambé. Comme à Paris, la mairie (PS) a décidé en janvier dernier de l’augmentation de 60 % de la taxe d’habitation, après une première hausse de 20 %. Une disposition permise par la loi pour le millier de villes où la situation est dite « tendue » en matière de logement. Mais qui ne passe pas chez les propriétaires de maisons de vacances, dont une centaine (sur plus de 2.400, soit 5% du parc immobilier) se sont réunis dans un collectif dénommé « Les Pigeons de Saint-Nazaire ».

« On veut les mettre dehors »

« Nous sommes victimes d’une discrimination inadmissible, s’emporte Jean-Paul Hochard, un retraité qui dit passer désormais la moitié de l’année dans sa maison au bord de la mer. A Saint-Nazaire, la plupart des propriétaires de résidences secondaires sont des gens modestes, qui se défoncent pour entretenir leurs maisons, font travailler les artisans locaux. Beaucoup sont des enfants ou petits-enfants d’ouvriers des chantiers… Et aujourd’hui, on veut les mettre dehors, les obliger à vendre. »

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La mairie, qui assure parfaitement assumer ce choix, le justifie par un accès au logement qui se complique pour les résidents principaux. « Nous ne souhaitons pas devenir une ville aux volets clos 10 mois dans l’année », estime la première adjointe Laurianne Deniaud. L’objectif est aussi de dissuader la spéculation, notamment via les locations Airbnb.

Actions en justice

« Je suis écœurée car ça va produire l’effet inverse, répond Nicole Dano-Michaudet. J’aime venir ici avec mon mari et mes enfants et jamais je ne vendrai mon appartement. Par contre, pour faire face à la hausse, je n’ai pas d’autres choix que de le mettre à louer sur ce site. Honnêtement, ça ne me plaît pas du tout mais je n’obéirai pas à ceux qui me disent "dégagez". On n’est pas des "salauds de riches". »

Le collectif, qui a déjà écrit au Premier ministre et contesté la première hausse d’impôts devant l’administration fiscale assure qu’il ne baissera pas les bras. Il a d’ailleurs reçu le soutien de la députée LREM Audrey Dufeu-Schubert, qui s’est engagée à faire « des propositions dans le cadre du projet de loi de finance 2019 », dans le but de « lutter contre la discrimination fiscale à Saint-Nazaire ». D’autres actions en justice seraient en préparation.