SNCF: Faut-il vraiment réformer le statut de cheminot?

SNCF Plus de 90 % du personnel de l’entreprise ferroviaire est concerné…

Nicolas Raffin

— 

Lille, le 16 fevrier 2017 - Passage a niveau SNCF a Lille Sud
Lille, le 16 fevrier 2017 - Passage a niveau SNCF a Lille Sud — Olivier Aballain / 20 Minutes
  • Le rapport Spinetta préconise de supprimer le statut pour les futurs embauchés de la SNCF.
  • Les syndicats y voient une « ligne rouge ».
  • L’ouverture à la concurrence est avancée par les partisans de la réforme.

Si vous voulez lancer un débat sur la SNCF, n’hésitez pas à parler du document « RH 0001 ». Sous cette appellation barbare se cache en effet le fameux « statut cheminot », que le récent rapport Spinetta entend supprimer pour les futurs employés. La proposition a été bien reçue du côté du gouvernement : « Je ne suis pas opposé à cela » a expliqué lundi le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.

À l’inverse, les quatre principaux syndicats de la SNCF (CGT, Unsa, Sud-Rail, CFDT) voient dans cette remise en cause du statut une « ligne rouge » dangereuse. « Il faudra qu’on m’explique en quoi le statut des cheminots est la cause des problèmes et des incidents que rencontrent aujourd’hui bon nombre de voyageurs » a estimé vendredi Philippe Martinez, le patron de la CGT.

>> Réforme de la SNCF: L'opinion publique, «enjeu énorme» des concertations

Un statut pour fidéliser les salariés

Aujourd’hui, environ 92 % des salariés de la SNCF (soit 140.000 personnes) bénéficient du statut : outre l’emploi à vie, il offre aussi des conditions avantageuses pour les départs à la retraite (52 ans pour les conducteurs, 57 ans pour les autres) et des « facilités de circulation », c’est-à-dire la possibilité pour le cheminot et sa famille de circuler quasi-gratuitement sur le réseau SNCF (avec une limite de 4 à 16 voyages par an, les frais de réservation restant à leur charge).

Si le rapport Spinetta juge que ce régime spécifique « pèse sur les coûts de l’entreprise », il n’en a pas toujours été ainsi. « Lorsque le métier de cheminot est apparu à la fin du XIXe siècle, les compagnies ferroviaires se sont rendu compte qu’elles avaient tout intérêt à s’attacher durablement une main d’œuvre rare et très qualifiée pour l’époque » rappelle Georges Ribeill, historien spécialiste du domaine ferroviaire. Le « statut » a donc été créé pour que les salariés restent fidèles à leur entreprise.

Vers une offre « à la carte » ?

Quasiment 100 ans après la création du premier statut « unifié » des cheminots (en 1920), le contexte économique a bien changé. « Compte tenu de l’ouverture du transport de voyageurs à la concurrence [d’ici 2023], la SNCF risque de se retrouver avec une main-d’œuvre qui lui coûtera plus cher que ses futurs concurrents, puisque ces derniers n’auront pas les mêmes contraintes » avance Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’université de Bourgogne-Franche-Comté et spécialiste des syndicats.

>> Fin du monopole pour la SNCF, la région Grand Est va ouvrir ses TER à la concurrence

Par ailleurs, l’entreprise elle-même s’est transformée. « Le modèle qui a forgé l’idéal d’un cheminot disponible 24h sur 24, voué à un service public exigeant, a évolué, note Georges Ribeill. Par exemple, les gares voyageurs sont fermées la nuit, faute de trains. Inversement, les équipes d’entretien des voies sont de plus en plus mobilisées la nuit, pour ne pas gêner les circulations en journée. Les contraintes et servitudes ne sont plus du tout les mêmes. Il faut donc revoir les conditions de travail, métier par métier. » Un statut « à la carte » qui ne semble pas être la voie choisie par le gouvernement…