Temps de travail: 35 heures par semaine, est-ce déjà trop?

RTT Le débat sur la durée du temps de travail rebondit après un accord passé en Allemagne...

Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron visite l'usine Toyota d'Onnaing, le 22 janvier 2018.
Emmanuel Macron visite l'usine Toyota d'Onnaing, le 22 janvier 2018. — Blondet Eliot-POOL/SIPA
  • Certains salariés allemands pourront travailler 28h par semaine.
  • Le Medef estime que l’idée n’est pas transposable en France.
  • La question du temps de travail n’est pas seulement économique.

En Allemagne, le débat sur les 35h semble déjà loin. Suite à un accord signé mardi, près de quatre millions de salariés de la métallurgie vont pouvoir bénéficier, s’ils le souhaitent, d’une semaine de travail de 28 heures (sans compensation salariale). L’employeur ne pourra pas s’opposer à leur demande et ne pourra pas non plus les empêcher de reprendre un temps plein. « C’est une sorte de rééquilibrage de la flexibilité. Jusqu’à présent la notion était plutôt orientée vers les entreprises et vers la recherche de la productivité » juge Jean-Yves Boulin, sociologue et co-auteur du livre Les batailles du dimanche*.

Hasard du calendrier, ce samedi 10 février 2018 marque également le vingtième anniversaire du vote de la première loi Aubry sur les 35 heures. De quoi relancer le débat sur une nouvelle réduction du temps de travail dans l’Hexagone ? Pas selon Pierre Gattaz. « [L’accord en Allemagne] n’est pas transposable à la France à ce jour, a tranché le président du Medef ce mardi. Nous avons 10 à 12 ans de retard sur les Allemands, faisons les réformes qui vont bien en France (…) pour que ce partage de richesses se fasse ».

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Un outil de lutte contre le chômage ?

Pourtant, la réduction du temps de travail est une réalité historique. « Nous ne passons en moyenne plus que 12 % de notre vie à travailler (…) Pour mémoire, au début du siècle, nous y consacrions 40 % de notre existence » rappelait le sociologue Jean Viard dans une interview à l’Obs en 2013.

Pour certains analystes, cette diminution a permis de mieux répartir le travail, et de limiter les effets du chômage : « Si nous avions aujourd’hui la même durée annuelle du travail qu’au milieu des années 1960, il y aurait peut-être 5 à 6 millions de chômeurs en plus » affirme l’économiste Jean Gadrey sur son blog.

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Au vu de la situation actuelle, avec un nombre de demandeurs d’emplois très élevé (3,4 millions de personnes inscrites en catégorie A à Pôle emploi fin 2017), il faudrait donc, selon cette théorie, poursuivre sur cette voie. « Un objectif fixé à 32h, puis 30h, s’il est équitablement conçu, est souhaitable et réaliste dès lors qu’on veut vraiment s’en prendre au chômage de masse » poursuit Jean Gadrey. Une théorie qui n’est pas partagée par tout le monde : d’autres économistes considèrent que sans gain de productivité suffisant et sans baisse des salaires, diminuer le temps de travail n’a aucun sens.

Quelle place pour le travail ?

Mais la question se pose-t-elle en termes purement économiques ? « Historiquement, la revendication de la baisse de la durée du travail a été synonyme de temps libre, d’amélioration de la qualité de vie, écrit Robert Holcman dans Les 35 heures en 35 questions. La réduction du temps de travail (…) cherche à redéfinir la place du travail dans la vie individuelle et sociale ».

La question a d’ailleurs animé une partie de la dernière élection présidentielle de 2017. Benoit Hamon, le candidat socialiste, défendait l’idée d’un « revenu universel ». L’idée pour lui était de faire face à « la raréfaction probable du travail liée à la révolution numérique », comme il s’en était expliqué dans 20 Minutes.

Passer vraiment aux 35 heures

Pour certains, le débat pourrait d’ailleurs ressurgir… grâce à la réforme du Code du travail. « L’accord obtenu en Allemagne est le fruit de la négociation collective, remarque Andrea Garnero, économiste à l’OCDE. Les ordonnances récemment adoptées en France pourraient permettre d’aboutir au même résultat, car elles donnent plus de place à la négociation dans l’entreprise. Beaucoup craignent que ces nouvelles règles soient seulement à l’avantage des employeurs, mais elles peuvent aussi profiter aux salariés ».

En attendant de passer aux 28 heures, les travailleurs français pourraient déjà viser… les 35 heures par semaine. En effet, selon les statistiques de l’OCDE, la durée moyenne hebdomadaire du travail dans l’Hexagone s’élevait à 37,3 heures en 2016, contre 35,2 heures pour l’Allemagne.

 

*Les batailles du dimanche : L’extension du travail dominical et ses conséquences sociales (Puf, 2017)