Suppressions de postes chez Carrefour: «La plupart des salariés ne croient pas à des repreneurs»

VOUS TÉMOIGNEZ L’enseigne de la grande distribution prévoit un plan stratégique contesté…

Nicolas Raffin

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Manifestation des salariés de Carrefour dans un magasin à Paris le 5 février 2018.
Manifestation des salariés de Carrefour dans un magasin à Paris le 5 février 2018. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Carrefour a annoncé le 23 janvier plan de départs volontaires aboutira à la suppression de 2.400 postes dans les sièges du groupe Carrefour.
  • Près de 273 ex-magasins Dia sont menacés d’un plan social.
  • Un rassemblement est organisé ce jeudi devant le siège du groupe à Massy (Essonne) à l'appel de Force ouvrière.
  • De nouveaux débrayages et manifestations de salariés sont prévus dans les prochains jours.

Les salariés de Carrefour sont inquiets, et tiennent à le faire savoir. Alors que plusieurs syndicats, dont FO et la CFDT, prévoient une nouvelle mobilisation ce jeudi devant le siège du groupe à Massy (Essonne), des employés prennent la parole pour dénoncer ou soutenir le plan stratégique du distributeur qui va supprimer des milliers d’emplois. 20 Minutes a reçu leurs nombreux témoignages*, dont certains très poignants.

« Dans notre magasin tout se dégrade de jour en jour : suppression de personnel, abandons de poste, démissions… On est tous sur un fil et on perd petit à petit tout ce qui nous permettait de tenir » écrit Carole, qui travaille depuis 17 ans dans un magasin Carrefour implanté dans le Sud-Ouest. « Il règne un climat de peur » affirme Abdel, employé dans un rayon multimédia.

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« Licencier ces cadres ne me touche absolument pas »

Nadine, qui travaille comme hôtesse de caisse, ne comprend pas l’ampleur des suppressions de poste (qui concernent plusieurs sièges du groupe et pourraient toucher une partie des ex-magasins Dia) : « Nous avons des contrats de 12h, 15h et 20h [par semaine] mais nous en faisons toujours plus. Nos pauses sont parfois supprimées, les départs en retraite ne sont pas remplacés ».

À l’inverse, plusieurs salariés estiment que le plan stratégique du PDG Alexandre Bompard était nécessaire. C’est le cas de Romain, qui travaille dans un magasin « du top 10 » de Carrefour. « Je ne ferai pas grève pour des magasins qui se laissent aller et qui comptent sur nous pour relever le niveau, affirme-t-il. Je ne dis pas ça pour les employés, qui eux se donnent à fond, mais pour les dirigeants de ces Carrefour, qui se gavent. Licencier ces cadres qui se croient intouchables ne me touche absolument pas ».

« Nous sommes dans l’attente de reclassement »

« On sait aussi le retard pris sur l’e-commerce et les drives, poursuit Sandrine. Alors oui, nous sommes dans une entreprise qui fait certes des bénéfices mais qui doit malgré tout se réorganiser et recentrer ses priorités pour résister à la concurrence », écrit cette salariée qui travaille à la mise en rayon dans un hypermarché du groupe.

En attendant de connaître leur sort, certains salariés des magasins Dia rachetés par Carrefour en 2014 sont démoralisés. Olivier, chef de magasin, ne cache pas sa déception : « Quand nous avions changé d’enseigne, la motivation était remontée. Le nouveau concept Carrefour Contact nous proposait de repartir de zéro avec un vrai service de proximité. Carrefour va fermer ce genre de magasins alors que les clients demandent cette proximité. La plupart des salariés ne croient pas à des repreneurs, donc nous sommes dans l’attente de reclassements au mieux ».

*Pour des raisons de confidentialité, les prénoms des salariés ont été changés.