Mobilité bancaire: Un an après la loi, est-il plus facile de changer de banque?

BILAN Tous les freins n’ont pas disparu…

Nicolas Raffin

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Un distributeur automatique de billets (Illustration).
Un distributeur automatique de billets (Illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Depuis l’année dernière, vous pouvez transférer gratuitement votre compte courant d’une banque à une autre.
  • Le dispositif n’a pas encore provoqué de révolution dans le secteur bancaire.
  • Les autres comptes (Livret A, PEL) restent soumis à des frais de transferts.

La loi était censée bousculer les pratiques et créer plus de concurrence. Un an après l’entrée en vigueur de la loi Macron sur la mobilité bancaire, le bilan est mitigé. « Entre son lancement en février dernier et décembre 2017, c’est plus d’1 million de demandes de mobilité qui ont été traitées par le nouveau dispositif » explique la Fédération bancaire française. Un chiffre loin d’être anecdotique, mais qui ne représente que 1,25 % du total des comptes de paiement ou de dépôts ouverts en France.

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Pourtant, depuis le 6 février 2017, chaque personne disposant d’un compte courant dans une banque peut décider de le transférer à tout moment. Il lui suffit pour cela de signer un mandat auprès de la nouvelle banque. L’établissement se charge ensuite de toutes les démarches, et notamment des transferts de prélèvements ou virements automatiques (téléphone, internet, assurance, salaire, etc). Ce service est gratuit et doit être réalisé en 22 jours maximum.

Loin de la révolution « Free »

Un an après son lancement, le dispositif semble avoir convaincu ceux qui ont décidé de changer d’établissement bancaire : « Près de 80 % des personnes qui ont changé de banque utilisent le service mis en place par la loi Macron, constate Grégory Guermonprez, directeur de Fortuneo France. Elle incite les clients à franchir le pas ».

Pourtant, la faible progression du taux de mobilité bancaire montre que dans les banques, on est encore loin de la révolution provoquée par l’arrivée de Free dans le téléphone mobile par exemple. Alors que la moyenne européenne tourne autour de 8 % à 10 %, la France possède un taux deux fois plus faible (autour de 3 à 4,5 % par an).

Je t’aime, moi non plus

Un chiffre paradoxal, alors même que les Français sont très souvent insatisfaits de leur banque. Ainsi, une enquête menée par l’UFC-Que Choisir en septembre 2017 révélait que 24 % des sondés voulaient changer d’établissement dans l’année. Même tendance avec un sondage Opinion Way pour Fortuneo, où 27 % des personnes interrogées étaient prêtes à quitter leur banque pour économiser moins de 50 euros de frais bancaires annuels.

Pour Marie-Cécile Plessix, directrice d’AXA Banque, les consommateurs ne regardent pas que les tarifs au moment de se décider. « Les banques en ligne et les néo-banques restent moins chères que les banques traditionnelles. Mais il n’y a pas que la tarification qui joue : les clients attendent une offre complète [avec des produits d’épargne par exemple] et innovante, via l’application mobile » explique-t-elle.

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Alors d’où vient l’écart entre cette volonté affichée de faire jouer la concurrence, et la réalité, à savoir un certain immobilisme ? Une partie de la réponse tient au fait que la loi Macron impose la gratuité des démarches uniquement pour les comptes courants. Les autres produits (Livret A, PEL, PEA, etc) peuvent également être transférés… mais en payant des frais plus ou moins élevés : de quoi inciter le client à réfléchir au moment de quitter sa banque…