Ikea: Pourquoi l’entreprise a eu autant de succès jusqu’à présent?

ENTREPRISE Certains choix de la marque peuvent pourtant sembler bizarres…

Nicolas Raffin

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Un magasin Ikea aux Pays-Bas (Illustration).
Un magasin Ikea aux Pays-Bas (Illustration). — Ro/action press/Shutter/SIPA
  • Le fondateur d’Ikea est mort samedi à l’âge de 91 ans.
  • Plusieurs innovations ont permis à l’entreprise de perdurer.
  • Mais le géant suédois doit faire face à de nouveaux défis.

Ikea, c’était lui. Ingvar Kamprad, le « IK » de la marque suédoise, s’est éteint ce samedi à l’âge de 91 ans. L’entrepreneur scandinave, parti de presque rien, lègue un géant mondial (38 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel) et quelques casseroles, notamment une enquête de la commission européenne sur la fiscalité du groupe aux Pays-Bas.

Il laisse également derrière lui près de 400 magasins, des milliers de meubles, et une marque très connue. « Cette entreprise est intégrée dans notre tissu économique mais aussi dans nos esprits. Quand on pense meuble, on pense à Ikea », remarque Rodolphe Champagne, conseiller en communication.

Des innovations majeures

Pourtant, le succès n’était pas forcément acquis dès le départ. « Ikea a innové sur quatre choses qui aujourd’hui paraissent évidentes, mais qui à l’époque ne l’étaient pas, rappelle Jérôme Barthélemy, professeur à l’Essec. Il s’agit du meuble en kit, du design "scandinave", de la sous-traitance de la fabrication, et du magasin séparé de l’entrepôt. »

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Ces innovations peuvent paraître après coup comme le fruit d’une vision claire d’Ingvar Kamprad, mais la réalité est plus complexe. « Pourquoi a-t-il sous-traité la fabrication de ces meubles en Pologne ? Parce que dès l’origine, il vendait à bas prix, et cela gênait les autres distributeurs qui ont mis la pression aux fournisseurs en leur demandant de ne plus travailler avec Ikea. Résultat, au bord de la faillite, Ingvar Kamprad n’a pas eu d’autre choix que de se tourner vers la Pologne. C’est parce qu’il était dos au mur qu’il a fait quelque chose de totalement surprenant », raconte Jérôme Barthélemy.

Attention au virage du numérique

De l’audace, encore de l’audace, lorsqu’il s’agit de donner des noms aux meubles. « Ils continuent à utiliser des mots imprononçables pour désigner leurs tables, leurs chaises, etc., note Rodolphe Champagne. Ce n’est pas par hasard, c’est pour imprimer leur marque partout où ils sont. Mais aujourd’hui, à l’heure des agences de "naming", aucune entreprise n’oserait faire ça. »

5 % seulement de ventes sur le net

Aujourd’hui, 67 ans après la parution du premier catalogue Ikea, l’entreprise est en pleine forme. Mais jusqu’à quand ? « Vu la puissance de leur marque, ils ont encore de la marge, estime Jérome Barthélemy. Ils ont le volume et les infrastructures qui vont avec ». Le géant suédois s’est pourtant converti tardivement au numérique : en 2017, ses ventes en ligne ne représentaient que 5 % de son chiffre d’affaires en France.

Autre évolution à surveiller, « les meubles personnalisés, qui ne sont pas du tout dans l’ADN d’Ikea pour l’instant », rajoute Rodolphe Champagne. Ikea, fabriqué de toutes pièces et qui a réussi à traverser les décennies, n’est pas à l’abri d’être détrôné un jour…