Carrefour: «Le plan annoncé n'est pas surprenant, mais il pourrait être difficile à mettre en oeuvre»

INTERVIEW Olivier Salomon est spécialiste de la distribution et directeur au sein du cabinet de conseil AlixPartners…

Nicolas Raffin

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Un hypermarché Carrefour (Illustration).
Un hypermarché Carrefour (Illustration). — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Carrefour va supprimer 2.400 emplois en France.
  • Le groupe va également céder 273 ex-magasins Dia.
  • Ce changement survient alors que le secteur de la grande distribution est concurrencé par l’e-commerce et les enseignes spécialisées.

Carrefour a dévoilé ce mardi son « plan de transformation », baptisé « Carrefour 2022 ». Outre 2.400 suppressions de postes via des départs volontaires, le groupe prévoit aussi de se séparer de 273 ex-magasins Dia (rachetés en 2014 et rebaptisés Carrefour City ou Carrefour Contact).

Le géant de la distribution prévoit aussi d’investir massivement - 2,8 milliards d’euros sur cinq ans - pour renforcer sa présence dans l’e-commerce. Il va également repenser la logistique de ses hypermarchés, sans fermeture annoncée pour l’instant. Selon Olivier Salomon, spécialiste de la distribution et directeur au sein du cabinet de conseil, le plan de Carrefour est logique, mais son exécution pourrait coincer.

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Les effectifs des sièges du groupe Carrefour, où vont se faire les suppressions de postes, sont-ils vraiment démesurés comme l’affirme l’entreprise ?

Je crains malheureusement que oui. C’est notamment lié à l’histoire de Carrefour et à la fusion avec Promodès en 1999. Il y a des effectifs importants dans pas mal de fonctions, à la fois dans les fonctions support et les équipes de pilotages des enseignes. Cela a un effet sur l’agilité de l’entreprise, sur sa capacité à évoluer rapidement dans un univers qui bouge quand même beaucoup.

Quelles sont ces évolutions ?

Les grands groupes sont tous confrontés à la transition des modes de consommation et des modes d’achat vers le numérique, ainsi qu’à la concurrence des enseignes spécialisées. Pour faire face, ils cherchent le bon modèle, en faisant face à une difficulté : ils doivent investir massivement, alors que leurs performances financières sont moins bonnes.

Le plan de Carrefour répond-il à ces défis ?

Dans le plan proposé, il n’y a pas forcément de grosses surprises, il est cohérent. La difficulté réside dans la capacité à le mettre en œuvre. Par exemple, si on prend le commerce en ligne : pour se doter d’une offre alimentaire qui soit la même partout en France, de prestations et de services de qualité, cela suppose des changements dans l’organisation au quotidien qui sont assez complexes.

Il va falloir mettre en place des choses sans forcément connaître les solutions techniques, et répondre à des problématiques comme « comment prépare-t-on une commande en ligne pour un consommateur qui veut être livré rapidement ? ». Les intentions font tout à fait sens. C’est au niveau de la réalisation que ça peut coincer.