Rythme de travail, comportements hostiles… Les conditions de travail des salariés français continuent de se dégrader

EMPLOI Certains indicateurs sont cependant en légère amélioration…

Nicolas Raffin

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Illustration d'un chantier.

Illustration d'un chantier. — Bertrand Langlois / AFP

  • La Dares a interrogé 21.000 salariés sur leurs conditions de travail.
  • Dans leur étude, publiée ce mercredi, les travailleurs sont nombreux à se plaindre de l’émiettement de leur travail.
  • La solidarité entre collègues reste toujours de mise.

Objectifs à remplir dans un temps très court, usagers énervés, charges lourdes à porter… les risques psychosociaux (RPS) menacent toujours autant les salariés français. La Dares a dévoilé ce mercredi une étude très détaillée sur l’évolution des conditions de travail, à partir de données collectées en 2016 auprès de 21.000 travailleurs.

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L’étude constate que les entreprises sont toujours aussi exigeantes en termes de rendement. Plus d’un salarié sur trois (35,2 %) déclare ainsi subir plusieurs contraintes de rythme à son poste (cadence d’une machine, production à atteindre en une heure, demande de clients exigeant une réponse immédiate, etc.). Les ouvriers – qualifiés ou non – sont les plus exposés à ces contraintes (environ un ouvrier sur deux).

« Je n’ai plus la moindre envie de m’impliquer dans mon travail »

Du côté des cadres et des employés administratifs, c’est l’émiettement du travail qui gagne du terrain. En 1984, 55 % des cadres déclaraient « devoir fréquemment abandonner une tâche pour une autre plus urgente ». En 2016, ils sont désormais 75 % à devoir jongler entre plusieurs demandes, tout comme les employés administratifs.

C’est le cas de Ferdinand (un pseudonyme), qui a répondu à l’appel à témoignages de 20 Minutes. « Je n’ai plus la moindre envie de m’impliquer dans mon travail, écrit-il, puisque du jour au lendemain, et parfois même plusieurs fois par jour, on me demande de travailler sur des projets différents, sans aucune possibilité de suivi. »

A cela s’ajoute parfois l’intensité des tâches : toutes catégories confondues, 43 % des salariés déclarent « ne pas pouvoir quitter leur travail des yeux » (seulement 16 % en 1984).

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Solidarité entre salariés

Les comportements hostiles (insultes, remarques blessantes, affectation à une tâche dégradante, travailleur « placardisé ») restent également très présents : 30 % des salariés déclarent en avoir été victimes au moins une fois dans l’année. La Dares note par ailleurs que ces comportements hostiles sont liés « à l’insécurité socio-économique » dans l’entreprise : les salariés en position de précarité (intérim, crainte d’un licenciement) sont plus souvent victimes de ces agissements que les personnes dont l’emploi n’est pas menacé.

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Pour autant, tout n’est pas noir dans cette étude sur les risques psychosociaux. Par exemple, les salariés ne sont que 24 % à estimer que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur : c’est cinq points de moins qu’en 2013. En outre, les travailleurs sont nombreux (80 %) à déclarer pouvoir être aidés par un collègue « en cas de travail délicat ». Enfin, les situations de tensions au travail, que ce soit entre collègues ou avec un supérieur, sont en léger recul, avec un salarié sur quatre ayant vécu cette situation.