Le bœuf et l'éthanol d’Amérique du Sud menacent-ils les agriculteurs français?

ALIMENTATION Les importations de bœuf inquiètent la filière…

Nicolas Raffin

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De la viande de boeuf étiquetée "label rouge".
De la viande de boeuf étiquetée "label rouge". — LANCELOT FREDERIC/SIPA
  • Les pays du Mercosur négocient un traité de libre-échange avec l’UE.
  • Le bœuf argentin ou brésilien pourrait ainsi être importé plus facilement.
  • Une manifestation est prévue ce mardi à Paris pour protester contre ce projet d’accord.

Après le Canada et son traité de libre-échange avec l’UE (Ceta), c’est le Mercosur qui inquiète les agriculteurs. Ce marché commun regroupant six pays d’Amérique du sud (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie, Venezuela) est en pleine négociation pour un traité similaire. Il pourrait aboutir début 2018 à la diminution, voire à la suppression des droits de douane sur certains produits.

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Pour dénoncer cette échéance, plusieurs fédérations départementales des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) manifestent ce mardi matin à Paris. Quelques centaines de producteurs venus de toute la France doivent se rassembler près du Carrousel du Louvre. Ils craignent de voir arriver sur les étals des produits sud-américains « qui ne respectent pas les règles sanitaires et environnementales » en vigueur en France.

Le glyphosate pointé du doigt

Principaux accusés, parmi beaucoup d’autres : le bœuf et l’éthanol (qui sert à la fabrication de bio-carburants). Si un accord était trouvé en 2018, près de 70.000 tonnes de viande bovine en provenance du Brésil ou d’Argentine pourraient être importés chaque année en Europe. Ce quota resterait modeste : il représenterait environ 1 % de la production européenne et 4,5 % de la production française (chiffres de 2014).

« Le tonnage en tant que tel importe peu, affirme Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs (JA). Ce qui nous agace, c’est qu’on demande aux éleveurs français d’améliorer le bien-être animal, de faire attention à l’alimentation de leurs bêtes, alors qu’en même temps l’Europe négocie avec des pays qui n’ont pas ces exigences. Par exemple, l’Argentine n’a aucune réglementation sur l’utilisation du glyphosate ».

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Quand à l’éthanol, les dernières négociations prévoiraient l’importation de 600.000 tonnes par an. Inacceptable pour Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA : « si on veut développer des filières de carburants verts, il faut le faire en France plutôt que de les importer, estime-t-il. »

« On subit déjà une concurrence déloyale »

Si la commissaire européenne au Commerce Cécilia Malmstrom estimait le 13 décembre qu’un accord avec le Mercosur « n’[était] plus qu’une affaire de semaines », la France a adopté une position beaucoup plus réservée. « Il y a encore des progrès à faire sur les normes sanitaires, pour que le consommateur européen ait dans son assiette des aliments dont le suivi sanitaire est impeccable » a affirmé la semaine dernière Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur.

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Le gouvernement est d’autant plus attentif au sujet que les Etats généraux de l’alimentation, qui ont réuni tous les acteurs de la filière, prennent fin ce jeudi. Au moment de son déplacement au marché de Rungis mi-octobre, Emmanuel Macron avait demandé aux exploitants de «  monter en gamme » afin d’être plus compétitifs. Un discours que Patrick Bénézit regarde avec prudence : « On subit déjà une concurrence déloyale, et elle risque d’être renforcée si l’accord avec le Mercosur aboutit, juge-t-il. »