«Les courbes du pétrole et du dollar sont certainement liées»

Propos recueillis par Vincent Glad

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Le baril de pétrole a dépassé jeudi à Londres 107 dollars le baril, grimpant jusqu'à 107,88 dollars, tandis qu'il frôlait 111 dollars à New York, à 110,94 dollars, toujours dopé par la chute du dollar et la ruée des fonds spéculatifs vers les matières premières.
Le baril de pétrole a dépassé jeudi à Londres 107 dollars le baril, grimpant jusqu'à 107,88 dollars, tandis qu'il frôlait 111 dollars à New York, à 110,94 dollars, toujours dopé par la chute du dollar et la ruée des fonds spéculatifs vers les matières premières. — Karen Bleier AFP/Archives

L’euro et le pétrole ont battu jeudi de nouveaux records, 1,56 dollars pour un euro et 110,33 dollars le baril. Ces deux courbes, qui grimpent inexorablement et font peser des menaces sur l’économie française, semblent liées ces derniers mois. Décryptage avec l’économiste Frédéric Reynès, spécialiste du pétrole à l’OFCE, qui répond aux questions de 20minutes.fr…


Pourquoi le pétrole continue-t-il d’atteindre des sommets?
Premièrement, le prix du baril augmente structurellement, quelle que soit la conjoncture, car le pétrole est une ressource limitée amenée à disparaître de la surface de la Terre. Ensuite, ces dernières années, la demande a fortement augmenté, tirée par les pays émergents, alors que l’offre stagne, les pays pétroliers ne faisant pas trop d’efforts pour augmenter leur production. A cela se rajoute les effets de la spéculation. A la suite de la crise des subprimes, les rendements des produits financiers sont moindres. Les investisseurs sont tentés de reporter leurs investissements sur le pétrole qui augmente rapidement et permet donc de réaliser d’importants profits. Tous les analystes savent que le pétrole atteindra un jour les 200 dollars le baril. Problème: personne ne sait quand.

Dans le même temps, le dollar chute inexorablement…
La principale raison de la dépréciation du dollar par rapport à l’euro tient dans les différences de politique monétaire entre les Etats-Unis et l’Europe. Pour contrer la crise des subprimes, la Réserve fédérale américaine a baissé fortement ses taux (2,25 points en 6 mois) alors que la Banque centrale européenne est restée inflexible, maintenant son principal taux directeur à 4%. Pour les investisseurs, il est donc plus intéressant de placer de l’argent en euros. Et ce n’est pas près de bouger: comme la Banque centrale européenne n’a pas prévu de baisser ses taux, l’euro devrait continuer à augmenter en 2008.

Les courbes du pétrole et du dollar semblent se croiser: depuis le début de la semaine, chaque nouveau plongeon du billet entraîne un record pétrolier. Sont-elles liées?
C’est difficile à établir formellement, mais quelques indices le laissent penser. La baisse du dollar incite les investisseurs hors zone dollar à spéculer sur le pétrole (qui se vend en dollar) devenu moins cher et qui rapporte plus que les autres produits financiers en ce moment. Autre facteur: la baisse du dollar a tendance à inciter les pays producteurs de pétrole à ne pas augmenter leur production pour maintenir des prix hauts. En effet, chaque fois que le dollar baisse, ces pays subissent une perte de pouvoir d’achat: vendant leur pétrole en dollar, ils doivent ensuite le convertir en euro ou en yen pour acheter des produits étrangers, comme des voitures ou du high-tech.