Transports: Va-t-on avoir du mal à trouver un VTC pour le Nouvel An 2018?

MOBILITÉ Plusieurs organisations agitent la menace d’un « plan social »…

Nicolas Raffin

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Des chauffeurs de VTC manifestent porte Maillot à Paris, le 24 novembre 2017.
Des chauffeurs de VTC manifestent porte Maillot à Paris, le 24 novembre 2017. — JACQUES DEMARTHON / AFP
  • La loi oblige les VTC à passer un examen théorique et pratique avant début 2018.
  • De nombreux candidats ont échoué à des tests perçus comme « trop difficiles » par certains.
  • Selon nos estimations, 6.500 à 10.000 VTC disparaîtront en 2018.

Des milliers de berlines vont-elles rester au garage le 1er janvier 2018 à minuit ? Depuis plusieurs semaines, les VTC (véhicules de transport avec chauffeurs) et certaines plateformes alertent sur l’imminence d’un « plan social » qui pourrait toucher le secteur. Interrogé jeudi sur France Info, Steve Salom, le directeur général d’Uber France s’est montré très alarmiste : « Nous sommes dans une situation d’urgence sociale, plus de 10.000 personnes vont perdre leur emploi ».

Cette inquiétude découle de la loi Grandguillaume, votée en 2016 et qui vise à réguler le secteur des VTC. Désormais, pour qu’un chauffeur ait le droit d’exercer dans une agglomération de plus de 100.000 habitants, avoir le permis ne suffit plus. Avant la fin de l’année, il faut soit réussir un examen spécifique (théorique et pratique), soit monter un dossier afin de valider une équivalence (en ayant au moins un an d’expérience).

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Questions pièges ?

Mais pour certains acteurs du secteur, le concours serait trop difficile. « Ce n’est pas à un examen que [les candidats] se rendent, c’est à l’échafaud » tempête Yves Weisselberger, patron de la plateforme Snapcar, dans Le Parisien. Les postulants doivent par exemple répondre à des questions comme « Que signifie Urssaf ? » ; « Qu’est-ce que le chiffre d’affaires ? ». Pas forcément évident pour des candidats qui ne possèdent pas une formation académique solide :  40 % des chauffeurs Uber n’ont pas le Bac. Conséquence :  selon l'organisme en charge des examens, le taux final d’admission des chauffeurs VTC est de 21 %, avec un taux de réussite à l’épreuve théorique qui varie de 11 % à 72 % suivant les sessions.

« Non l’examen de VTC n’est pas trop dur, réplique la CFDT VTC-Loti, c’est l’accompagnement à sa préparation qui est inexistant ! ». Dans un texte publié sur Facebook, le syndicat affirme que le concours sert à « écarter du secteur des travailleurs peu scrupuleux », tout en permettant à ceux qui le réussissent d’obtenir une vraie reconnaissance.

La section de la CFDT a d’ailleurs organisé des sessions de préparation. « Sur 80 candidats que nous avons accompagnés, plus de 90 % ont réussi l’examen », se félicite Fabian Tosolini, secrétaire général adjoint de la fédération CFDT Transport.

De nombreux dossiers en cours de traitement

Au-delà de ce débat sur l’examen, une question demeure : combien de VTC seront obligés de rester au garage le 1er janvier 2018 ? Uber avance le chiffre de 10.000 chauffeurs au chômage, mais le ministère du Travail nuance ces chiffres dans un communiqué publié ce vendredi.

Selon lui, entre 8.000 et 8.500 cartes VTC auront été délivrées en 2017 (via le concours ou l’équivalence). Sur ce total, « 2.000 à 3.000 dossiers – dont tous ne seront donc pas validés – seront encore en cours de traitement au début de l’année 2018 », indique le ministère.

Soit, à terme, un nombre de chauffeurs « admis » qui ira de 5.000 (si tous les dossiers sont rejetés) à 8.500 (si tous les dossiers sont validés), sur environ 15.000 candidats potentiels (estimation de l’Autorité de la concurrence).

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« Cela va permettre d’assainir le secteur »

En faisant le calcul, ce sont donc entre 6.500 et 10.000 chauffeurs qui pourraient se retrouver interdits d’exercer début 2018. Ils pourront néanmoins continuer à travailler de manière dérogatoire quelques mois… à condition d’avoir déposé un dossier valable avant le 31 décembre. Même si une partie sera sans doute rejetée, l’affirmation d’Uber évoquant « 10.000 chômeurs » dès le jour de l’An est exagérée. Les fêtards qui chercheront un VTC cette nuit-là ne devraient donc pas éprouver plus de difficultés que les années passées.

« Il est très probable qu’il y aura moins de VTC disponibles l’année prochaine, concède Fabian Tosolini. Mais cela va permettre d’assainir le secteur, parce que beaucoup n’étaient pas en règle, et de redonner du pouvoir aux chauffeurs face aux plateformes. »